Laissée dans son milieu actuel, même dans quelque port plus abrité de la Méditerranée, la jeune femme déclinerait rapidement.

D’autre part, son tempérament très frêle rendait dangereux l’essai de la haute Engadine, dont l’air glacé, encore qu’il eût toute la pureté désirable, paraissait au docteur une application outrée de la méthode nouvelle.

Cette raison, la carrière du comte de Kerdren, tout ce qu’il venait de dire de sa fortune et de sa décision de tenter tous les remèdes, fussent-ils désespérés, engageait le docteur à lui parler d’une cure un peu étrange, tentée précisément sous les auspices d’un des confrères avec lesquels il s’était consulté la veille.

Son malade, un jeune homme de vingt-cinq ans, s’était trouvé remis complètement par une navigation, à peu près constante, d’une année entière, dans des régions exclusivement chaudes, et pendant laquelle il vivait presque journellement sur le pont.

Aujourd’hui tout à fait rétabli, il avait repris son existence habituelle, chez lui, en Norvège, et ne semblait pas se douter qu’il eût jamais eu des tubercules dans les poumons.

Dire que ce qui avait réussi à un malade, arrivé à un certain degré, réussirait à un autre qui sans doute n’était pas exactement dans la même situation, était impossible à affirmer ; mais c’était une chose à tenter, d’autant que la jeune femme l’accomplirait dans des conditions bien plus favorables encore.

Seul maître à son bord, si Jean achetait ou louait un bâtiment quelconque, et n’ayant pour but que le soin de sa malade, il pourrait changer de direction à volonté pour fuir devant un orage ou un abaissement de température ; atterrir et s’arrêter quelques jours si un peu de fatigue morale ou physique lui en indiquait la nécessité, et donner en même temps à ce traitement le charme et l’imprévu d’une promenade d’agrément.

Le repos d’esprit, la satisfaction, un peu de gaieté même seraient nécessaires : tous les incidents du voyage les fourniraient ; et sans se presser, suivant le désir de la jeune femme, les voyageurs pourraient explorer toute la Méditerranée sans presque perdre la terre de vue, et cependant baignés journellement dans un air fortifiant qu’ils seraient certains de respirer pur, avant que la civilisation y eût mêlé une seule parcelle de sa corruption.

Après quoi, ajoutait le docteur, il ne resterait au jeune officier qu’à se rappeler la phrase opposée par la mélancolique résignation des Russes à tous les événements de leur vie : « L’avenir est entre les mains de Dieu », car il aurait fait alors tout ce qu’il est humainement possible de faire.

— Docteur, répliqua Jean qui se leva la main tendue, je ne crois pas pouvoir régler toutes ces affaires avant quinze jours ; mais à cette époque, je serai au poste que vous m’assignez ; confiant, non pas seulement dans la protection du Ciel, mais encore dans votre science dont je suivrai les inspirations à la lettre.