La mer, d’un bleu transparent, était si calme qu’elle n’aurait pas suffi à balancer le berceau d’un bébé un peu exigeant, et c’était un joli spectacle que celui de toutes ces embarcations soigneusement parées, et éclairées en plein par le soleil du matin.
Les matelots, en grande tenue, se courbaient tous à la fois d’un mouvement parfaitement régulier, qui montrait tour à tour leurs tricots rayés et leurs cols d’une blancheur irréprochable ; et les officiers, le cigare aux lèvres, s’interpellaient gaiement d’un canot à l’autre.
— Un jouet mécanique, fit tout à coup l’un d’eux en se retournant pour embrasser la flottille d’un coup d’œil. Petits rameurs remontés, petits officiers piqués sur les bancs : c’est le jeu de régates que je viens de donner à mes frères.
Des rires lui répondirent et les plaisanteries continuèrent sur le même ton.
— A propos, interrompit un autre, qui donc manque du bord ?… Mais c’est Kerdren ?… Comment, le fou des fous ; il ne serait pas du carnaval ?
— Fou, de Kerdren ?
— Laissez donc, reprit celui qui avait parlé le premier, vous ne le connaissez pas encore !…
— Voyons, d’Elbruc, qu’as-tu fait de Kerdren ? continua-t-il en se tournant vers son voisin de droite.
— Rien de mal, je t’assure, répondit paisiblement celui qu’on interrogeait.
— Alors ?