Un instant, les jeunes gens qu’il venait de quitter restèrent indécis ; M. d’Asti fit même un pas vers le fond de la pièce, comme s’il eût songé à mettre sur le mal qu’il venait de faire la banalité d’une excuse. Mais il revint promptement en arrière et sortit en haussant les épaules avec ce geste qui signifie dans toutes les langues du monde : « Ma foi, je m’en moque ! »

Puis, têtes levées, avec une démarche nonchalante, comme des gens pas pressés du tout, ils traversèrent tout le salon, saluant à droite, causant une minute d’un autre côté, avec les allures d’invités qui s’en vont à l’anglaise.

Jean, qui était placé de manière à voir toute l’enfilade des portes, les suivit de l’œil jusqu’au bout. Puis quand il eut regardé le dernier d’entre eux disparaître, il rentra tranquillement dans la pièce qu’il venait de quitter, et marcha vers la place où il avait laissé mademoiselle de Valvieux.

Elle était toujours assise sur sa même petite chaise basse, encadrée de la même arche de verdure, et serrant si fort ses deux mains sur son visage que ses doigts marquaient des traces rouges sur la peau fine du front.

Il arriva jusqu’auprès d’elle, sans qu’elle entendît même le bruit de ses pas, puis gravement, avec le geste de quelqu’un qui s’incline sur un malade pour lui parler plus doucement, il mit un genou en terre devant la jeune fille.

Cette fois, elle tressaillit vivement et jeta même un léger cri en apercevant cet homme agenouillé tout près d’elle.

Pendant une seconde encore, il resta là sans rien dire, fixant son regard franc dans les yeux étonnés qui se tournaient vers lui ; puis au moment où Alice, reprenant possession d’elle-même, s’apprêtait à parler :

— Mademoiselle, dit-il avec la même gravité simple, vous connaissez ma carrière. J’ai vingt-huit ans, je m’appelle Jean de Kerdren, comte de Penhoët, et je viens vous demander si vous voulez me faire l’honneur de m’accorder votre main.

La surprise fut si vive qu’elle ne trouva pas d’abord un mot à répondre, et sur cet étrange petit groupe, le silence s’établit, coupé seulement par la voix de M. Champlion, si nette, par instants, qu’on n’en perdait pas une syllabe :

« … avec gravures et ciselures, par Benvenuto Cellini.