«J’avais un espoir pourtant. Luc devait, comme tous les ans, venir chasser là quelques jours, et j’avais conçu le projet hardi de lui faire moi-même ma confession, dans un de ces instants de solitude comme on en trouve tant à la campagne.

«Mais vers la fin de septembre, j’appris un jour à table que sous je ne sais quel prétexte il s’était installé chez un autre de mes oncles.

«Il me sembla qu’on m’ôtait un morceau de cœur, et je commençai les jours les plus mélancoliques que j’aie connus de ma vie, avec ce regret intolérable du bonheur défait par soi-même.

«—Blandine, me dit un soir mon oncle, allons-nous aux alouettes demain?...

«—Mon oncle, avec plaisir...

«Je le lui avais demandé cent fois les années précédentes, et c’était une faveur rarement octroyée par lui que de se laisser accompagner par une femme. Comment aurait-il deviné mon actuelle insouciance de tout?...

«—On vous réveillera à six heures. Couvrez-vous, il fera très froid; mais pas de manteaux clairs, s’il vous plaît... De grosses chaussures, n’est-ce pas? Du silence et de la patience.

«—Me tirerez-vous mon miroir?...

«Toutes les questions résolues à sa satisfaction, nous roulions le lendemain avant sept heures, lui et moi, dans la charrette qu’il conduisait. Lui dans son costume de chasse habituel; moi terra cota des pieds à la tête, à me prendre pour une motte d’un sillon.

«A la lisière du champ, Antoine sortit le miroir, un surplus de plaids, les porta jusqu’à la trouvaille d’une grosse pierre sur laquelle je devais poser mes pieds; et nous ayant installés, repartit avec ordre de ramener la charrette vers dix heures.