«Jamais plus joli matin d’octobre; et, le mouvement de la ficelle régulièrement acquis par ma main, je m’étais laissée prendre entièrement par le charme de ce qui m’entourait.
«Dans le creux des sillons, les craquelures de la gelée blanche, pas encore fondue à l’ombre, brillaient comme des morceaux de cristal, pendant que sur le sommet une petite vapeur blanche aussi légère qu’une haleine fumait doucement au soleil; et dans tout le paysage, comme dans les sillons, c’était ce même blanc, brillant ou laiteux, qui se retrouvait, éclairant et ouatant tout.
«Sur l’étang de Fontenotte, une grande brume montait, de l’épaisseur d’un nuage. Les prairies du bas étincelaient de givre, et dans les buissons, de longues fumées déchiquetées se levaient aussi.
«Il semblait qu’un immense voile, intact par places, déchiré à d’autres endroits, eût tout couvert pendant la nuit, et que chaque chose en gardât la trace. Le soleil, légèrement voilé; un des côtés du ciel nuageux, et l’autre, d’un bleu si pâle, si pâle, que la gaze certainement était restée dessus.
«L’air très humide avait une transparence idéale, et sur la lisière de la forêt les arbres mettaient une note éclatante, la seule dans tout ce qui nous entourait, avec leurs feuilles incroyablement nuancées, depuis celles encore vertes, jusqu’aux mortes, près de tomber.
«C’était charmant, mélancolique et parlant comme une chose qu’on aurait entendue. Cela serrait le cœur comme de s’en aller.
«Très haut dans le ciel, les «tiou-tiou» des alouettes s’entendaient, si doux, si clairs, le chant même de ce paysage.
«Pauvres petites alouettes! je n’étais pas là depuis un quart d’heure que leur chasse m’avait passionnée. Je m’exclamais de pitié en les voyant arriver; mais l’ardeur de mon oncle m’emportait.
«Cela mirait admirablement.
«Il en descendait de si loin, qu’on ne les voyait que comme un point.