—Comment serait-ce possible autrement?...
—Quand on a pris ses précautions!...
—Anne, vous ne voulez pas dire, je pense, qu’il y ait eu là une supercherie de ma part?...
—Si vous appelez «supercherie» une teinture dans un petit pot, non, je ne dis pas cela!
—Qu’est-ce que vous voulez dire alors?
—Ce que je veux dire!—cria-t-elle, au comble de l’exaspération;—je veux dire qu’on m’a présenté, il y a un mois, un monsieur fait d’une façon, dont les cheveux étaient châtains, et la moustache brun doré; que, pendant quatre semaines, il est venu dîner chaque soir, et me faire sa cour après, toujours semblable à ce qu’il était le premier jour; et que le matin de mon mariage,—le matin, entendez-vous!—j’en ai vu arriver un autre, qui était le même pourtant... enfin, vous, comme vous voilà! et dont l’entrée m’a atterrée!... Des cheveux roux! tout ce que je déteste, et la mairie deux heures après!... Et ça changeait votre regard, vos yeux, votre sourire: tout!... Vos dents ne brillaient plus!... Elles avaient l’air de mordre, avant... maintenant, c’étaient des dents tranquilles!
Elle se montait en parlant, devenait dure au récit de son étrange déception, tandis que Michel, humble et désolé sous la constatation de cette disgrâce évidente, baissait la tête sans rien dire...
—Mais, comment n’avais-je rien vu?... Avais-je été aveugle un mois, ou si j’étais folle tout à coup?... L’idée me vint presque, un moment, d’aller vous le demander, à vous... Puis, dès que je fus rentrée dans ma chambre, Madeleine m’expliqua tout d’un mot. Comme je tombais dans ses bras, elle s’écria: «Nous ne l’avions vu qu’aux lumières!... C’est le coup de ton manteau beige!...»
Malgré son douloureux hébétement, Michel répéta comme une question:
—Le coup de votre manteau beige?...