Ses heures affreuses étaient les heures de la nuit.
L’enfant partie, après avoir pris son baiser du soir sur le bout des doigts de sa mère, ou le bord de sa couverture; la femme de chambre étendue, sur un lit dans la pièce voisine, elle restait avec son mari, et un tête-à-tête commençait, qui redoublait, s’il était possible, l’horreur de ses angoisses. Soit qu’il essayât de courtes et ardentes tendresses, soit qu’il restât immobile, à la regarder sans rien dire.
Il semblait à la pauvre femme que son front usé, par la maladie et la peur, laissait fuir son secret; qu’elle le voyait glisser; ou que s’il ne sortait pas par là, elle allait le crier, malgré elle, avouant tout, sans savoir pourquoi, et provoquant la scène terrible, qu’elle se représentait sans relâche, et qui allait éclater tout de suite, sans attendre qu’elle fût morte—son mari ouvrant le tiroir.
Même, une fois, l’abominable obsession prit une réalité si forte, qu’elle se leva droite dans son lit, prête à courir jusqu’au meuble pour y arriver avant lui, et mit son pied sur le tapis.
Debout en même temps, son mari la recoucha plein de terreur, la croyant prise de délire, et elle se laissa faire avec docilité, heureuse de l’intervention matérielle, qui la délivrait de son cauchemar.
Puis le tête-à-tête recommença, douloureux, formidable, chacun cachant à l’autre la pensée qui le meurtrissait, appelant le jour de ses vœux pour clore ces nuits d’épouvante d’où la malade sortait brisée et blême, les cheveux mouillés, les mains tremblantes.
A lui, comme à elle, il semblait, sans qu’il sût pourquoi, que le premier rayon de jour atteint, leur assurait ce jour tout entier; et ils soupiraient de délivrance à la première roseur de l’aurore.
Au quatrième de ces jours, pourtant, l’agitation de la pauvre femme redoubla, devint horrible.
Si le médecin avait bien prédit, il lui restait alors tout juste douze heures pour accomplir sa besogne.
Comment trouverait-elle, pendant leur courte durée, l’occasion mille fois provoquée depuis qu’avait commencé cette double et tragique agonie?