Tenir sa vie dans ses mains! La pouvoir refaire d’un coup, puisqu’il suffisait ici qu’on «sût» ou qu’on ne «sût» pas, pour qu’elle fût et restât toujours innocente ou coupable.
Alternative terrible, dont la solution, à mesure que le terme se rapprochait, l’étreignait d’une frayeur grandissante qu’elle ne pouvait plus cacher.
Hanté de sa pensée unique, son mari interprétait cette émotion croissante comme l’horreur de la lutte finale qu’elle devinait instinctivement, et son cœur saignait de pitié en face de cette révolte si bien compréhensible à ses regrets, sans qu’il osât risquer pourtant un mot d’abandon ou de franchise par crainte de s’être abusé et de lui révéler trop de choses en s’attendrissant avec elle.
Quand vint midi de ce jour-là, la fièvre, qu’il ne semblait plus possible de voir augmenter, monta.
Le corps entier de la malade brûlait la main en le touchant.
Ses lèvres, incessamment mouillées, se séchaient dès que s’écartait le mouchoir trempé d’eau avec quoi on les humectait.
Sans voix. Peut-être sans pensée, tout l’affolement de son pauvre être s’était réfugié dans l’observation d’une horloge dont le mouvement uniforme la tenait hypnotisée.
Haletante de peur à chaque sonnerie, à chaque glissement de l’aiguille, elle sentait les battements réguliers frapper un à un sur sa chair, comme si la tige d’acier y fût entrée réellement à chacun de ses va-et-vient, par une piqûre aiguë.
L’influence douloureuse de ce bruit répété était si manifeste sur elle qu’on tenta de l’arrêter, espérant la délivrer de cette fièvre communicative. Mais elle réclama son supplice, la voix brève et l’œil impérieux, tremblant d’impatience jusqu’à ce que le battement monotone recommença de lui hacher la vie et le cœur par secondes.
La nuit qui suivit fut meilleure.