Quoi qu’il en fût, d’autrefois et d’aujourd’hui, de la légende incertaine et des miracles avérés, la prieuse la plus assidue, à l’heure où commence cette histoire, était une belle fille du village. Jeune, alerte, au corps élégant fait pour le mouvement et la vie, à l’esprit et l’humeur enjoués, aussi peu propre, semblait-il, à rester là, sans bouger, près des vieilles femmes, dévotes plus ordinaires, que ces vieilles à courir les champs.

Mais, pour qui savait le vrai des choses, Catheline n’avait plus alors, de sa jeunesse, de son insouciance et si l’on peut ajouter même, de sa beauté, que la forme extérieure; ayant perdu ce qui en fait l’élasticité et le charme, c’est-à-dire le bonheur.

Son amoureux l’avait quittée, comme quittent les amoureux, parce qu’ils aiment un peu moins, ou aiment davantage ailleurs. Sans une raison qu’il pût dire, sans un tort à lui reprocher; oubliant tout le passé, avec la férocité égoïste des sentiments qui se modifient et se considèrent uniquement dans leur nouvelle évolution.

Jamais elle ne s’était crue si aimée. Jamais il ne le lui avait si bien dit, de sorte qu’elle était réellement tombée un jour, du matin au soir, du bonheur dans la passion, à l’affreux abandon du cœur, perdant l’être chéri aussi complètement que s’il lui eût été enlevé par la mort. Ceci après trois ans de ce qui lie le plus fortement deux êtres dans l’amour. Avec un passé plein, déjà, du charme et du poids des souvenirs, cette richesse qui semble une force, et qui ne fait que préparer ce qui sera des débris. Un présent aux joies si intenses qu’on souhaite de l’immobiliser. Un avenir qui séduit pourtant, puisque chaque découverte, jusque-là, a été, à son tour, meilleure qu’on n’aurait osé croire.

Une obligation de mystère et de prudence, causée par certaines raisons qui s’opposaient à leur mariage, les attachait encore tous les deux par leur commun secret.

Ça semblait beaucoup tout cela, et ce n’était rien du tout; puisqu’il suffisait d’un caprice pour que le bonheur prît fin.

Qu’est-ce que c’est qu’une promesse quand on ne veut pas la tenir? Ce n’est plus qu’un mot comme un autre.

Avec son instinct de femme aimante, Catheline avait bien senti depuis longtemps, et dès l’arrivée de cette Margot au village, le danger de cette grosse fille aux superbes cheveux noirs, à la peau éclatante, à la hardiesse tenace et douce, qui voulait lui prendre son ami, et dont la volonté paisible se glissait dans tous les coins de ce caractère, de ces habitudes, et peut-être de ce cœur d’homme, comme de l’huile dans des rouages.

Mais il l’avait détrompée si bien.

—Eh bien oui! j’aime sa bonne humeur, sa causerie, sa gentillesse. C’est une amie. Mais «comme ça». Il n’y a que toi que j’aime comme ça, tu le sais bien.