Danser la nuit peut être exquis. Mais, Lucette, danser le jour, tantôt dans un rayon de soleil qui rend les yeux clairs et riants; tantôt dans un coin bien à l’ombre, qui a un air tout mystérieux, parce qu’on y est presque seuls à deux... Les feuilles qui remuent doucement, pas de tapage sur un parquet, et ce vent frais sur les joues!...
Veux-tu nous faire bergères, Luce? et nous danserons tous les dimanches, comme j’ai dansé hier!... Tu amèneras ton beau valseur.
Entre temps, nous marchions un peu, pour nous reposer en causant... J’ai parlé beaucoup, je crois. Il m’a fait dire ce qu’il voulait.
Ma vie, mon nom, mon pauvre père, que le sien a connu jadis...
On est frères dans l’armée, tu sais;—pas les enfants heureusement!—et on se sent tout de suite liés.
Passé commun, avenir pareil, dont on parle du même ton et avec le même enthousiasme.
Avec lui j’osais, sans gêne, reprendre mes grandes ardeurs.
Nous nous servions des mêmes mots. Nous croyons les mêmes choses.
Je lui ai confié notre arrivée. Cette fierté en entrant qui m’avait remué le cœur pour tout ce que nous rappelions... Et puis aussi les choses drôles... La soie de nos coutures, qu’il avoua ne pas remarquer; l’agitation des jours d’avant... Toutes les folies que je t’ai dites.
Puis comme ça me ramenait naturellement à mes souliers, à mes déplorables souliers! je lui ai fait la question qui me tourmentait depuis une heure et qui était le pourquoi de sa venue subite près de moi... Pitié?... Curiosité?... Quoi?...