Saint-Pair, 5 août 1896.
SI nous essayions d’une petite plage cette année? avait dit maman. D’un petit coin, pas joli, pas connu du tout, où nous vivions «une» fois tranquillement, sans casino ni pique-niques...
—Alors cela vaudrait la peine de quitter Paris, avait répondu papa d’un ton joyeux.
Et ni l’un ni l’autre ne disant leur vraie pensée, ni l’un ni l’autre, lassés du casino et des amis; ni l’un ni l’autre, et bien moins encore, joyeux! ils avaient pris une carte, et cherché le petit coin «pas joli» où ils désiraient soudainement aller.
La vérité est qu’ils voulaient donner à tout le monde le temps de ne plus parler de ce mariage que l’on vient de me forcer à rompre; et à moi le calme et l’éloignement nécessaires pour me faire oublier le fiancé qu’on m’a enlevé—en admettant que cela s’oublie,—ce qui est encore tout autre chose que de le faire oublier au voisin, je crois...
Pauvre calmant et mauvais antidote, que la liberté de penser éternellement, de ne penser qu’à une même chose, avec l’accompagnement le plus mélancolique qui existe, et la vision la plus propre à mener au rêve!...
Jamais nous n’en parlons entre nous. Assurément, personne ici ne prononcera son nom inopinément devant moi. Mais, est-ce avec les autres qu’on parle des sentiments profonds, surtout quand ces sentiments sont douloureux? Est-ce de la bouche d’un maladroit que j’ai besoin d’entendre sortir ce nom, pour que chacune de ses syllabes me sonne aux oreilles?...
Enfin, c’est un bienfait pourtant que la solitude véritable. J’ai promis de tâcher d’y chercher tout l’adoucissement qui peut s’y trouver...
Hélas! j’y trouve aussi le mot actuel de ma vie, le «je suis seule» avec son autre sens; et ce n’est pas la bonne solitude, ça. C’est l’amertume intense, et la révolte continuelle.
7 août.