Debout sur une chaise, posée au milieu de la pièce, un jeune homme s’efforçait de mirer l’ensemble de sa personne dans une toute petite glace placée très haut. Manœuvre délicate, à laquelle il tentait de suppléer à force d’adresse.

Mais de quelque façon qu’il s’y prît: en se baissant, en se reculant; en se dressant de toute sa vigueur sur la pointe de ses pieds, il n’y avait jamais dans le cadre doré qu’une tranche de son individu, présenté successivement à ses yeux, comme une image déroulée, sans qu’il lui fût possible d’en apprécier l’harmonie générale.

Insensible au bruit extérieur comme à l’inanité de ses essais, il avait laissé sa porte s’ouvrir et se refermer sans l’entendre, ni suspendre un moment sa chimérique tentative, et c’était seulement après le passage éclatant de son plastron, quand sa figure barbue et riante, toute tendue par ses efforts, était revenue se refléter dans la glace, qu’il avait aperçu deux yeux derrière les siens. Deux yeux qui le suivaient ardemment; sans sourire, sans pensée, d’un regard à la fois si tenace et si absent que Philippe s’était retourné, nerveusement impressionné, anxieux de ce qu’il allait voir.

Mais la femme, debout à ses pieds, n’avait rien que de fort réel, et l’attitude de son corps, autant que la timidité de sa figure, levée vers lui, démentait la volonté de ses yeux; lui laissant toute son incertitude de suppliante.

Un instant il l’examina, toujours très grave sur son perchoir, puis il sauta sur ses pieds et sa question se croisa avec ce que l’inconnue balbutiait elle-même.

—Vous demandez?...

—C’est pour le petit.

—Pour... le... petit?

Entre son frémissement à elle, et sa voix à lui, répétant avec lenteur en interrogation ces trois mêmes mots, quelle distance!

Et de nouveau, reprise de découragement, elle retomba dans le silence épeuré de son entrée, faute de mots, pour la difficulté matérielle de s’exprimer.