Miroir, brosses, flacons, avaient envahi la grande table, où les livres ne servaient plus que de haussoirs ou d’appuyoirs.

Au pied du lit, tout prêts à mettre, le chapeau et le paletot.

Des gants blancs, sur des notes de cours, qu’ils fermaient symboliquement.

Un petit cornet de papier, qui sentait bon le poivre et l’œillet, pour avoir contenu la fleur mise à présent sur l’habit, coiffait gentiment l’encrier, et, bien en vue, hors de son enveloppe moirée, une carte d’invitation. Soit qu’elle fût nécessaire pour entrer où allait Philippe, soit qu’elle lui représentât seulement, comme à Cendrillon, sa pantoufle, l’histoire et l’espoir de sa soirée.

Premier bal. Premier habit surtout, acquis par le jeune homme, ainsi que ses accessoires obligés, au prix de plus d’une privation.

Source de rêve, d’attente, d’émotion vraie, d’enfantillage, et aussi de cette fierté joyeuse que donne chaque nouvelle étape de la vie, tant qu’on les monte. Et c’était un tel moment que choisissait cette créature!... Et tous les gens du voisinage allaient venir le chercher comme ça, pour chacune de leurs misères, avant qu’il eût même fini sa première année de médecine?...

Les yeux des deux singuliers interlocuteurs, chacun ayant achevé sa revue circulaire, se rencontrèrent à cet instant, et une véritable fureur saisit Philippe en retrouvant là sa solliciteuse, passive et suppliante.

Allait-elle rester toute la nuit, immobile à cette place, et comment la faire sortir?

Mais avant qu’il eût trouvé le mot sec qui congédie, la main de la femme s’était abattue sur la sienne, en désespoir de tout autre argument, pendant qu’elle murmurait de sa voix blanche:

—Venez le voir.