Ses tentatives d’explications, incompréhensibles et nerveuses, n’avaient pas préparé Catheline au coup qu’elle recevait.

«Il fallait, pendant un temps, modifier toute leur manière d’être.—Séverin avait pour cela ses graves raisons.—Elle saurait pourquoi par la suite... Les choses s’éclairciraient un jour... Mais, en devenant moins apparente, la tendresse de son ami ne lui manquerait pas pour cela, et se ferait, au contraire, avec ce changement de forme, plus exquise et plus douce encore...»

Et puis, il était parti.

Tout d’abord, Catheline, assommée, n’avait rien senti que le tourment presque physique d’un malheur que l’instinct éprouve avant que l’intelligence l’ait mesuré.

La souffrance n’est pas chose d’un jour. C’est peu d’avoir senti, une heure, la douleur à laquelle on ne doit pas s’accoutumer. Sa répétition, sa constance, le dessèchement qu’elle met dans l’être, la font seuls vraiment comprendre avec les mois écoulés. Et quand le mal n’étant pas franc, mérité ou justifiable, le sentiment de la révolte, ou l’amertume, excitent encore la peine sentie, le Temps et ses moyens immuables n’ont pas d’action pour l’apaiser.

Par bonheur, la pauvre fille n’en était pas là encore, et pouvait tout espérer de son action bienfaisante, ne l’ayant pas encore trouvé sans vertu.

D’abord, elle cacha sa détresse dans l’isolement et le silence, ayant horreur de voir des êtres.

Puis elle se mit à sortir beaucoup, s’usant de travail, de grandes marches; allant droit aux gens qu’elle croisait et fixant âprement les regards. Non par peur de l’ironie, de la curiosité ou de la pitié. Pour voir ce que l’on savait seulement, et si son malheur était assez vrai pour qu’elle en retrouvât la certitude, même dans ces yeux d’indifférents.

Or, sans connaître dans ses détails l’amour de Catheline et de Séverin, on était instruit bien assez pour juger: qu’ils s’étaient aimés; qu’ils se l’étaient dit et prouvé. Puis que le gars s’était lassé et que la fille restait à pleurer.

Il n’y a que soi qui, dans son malheur, trouve les nuances et les raffinements qui le font unique et spécial. Les autres n’y voient que les grandes lignes.