Tenter une piqûre délicate à faire en maîtrisant l’enfant d’une main, pendant qu’il opérerait de l’autre, comme il avait agi précédemment pour les nettoyages, où un mouvement inattendu était sans danger, n’était plus possible ici. Il restait la persuasion, dût-on perdre un peu de ce précieux temps dont la dépense était si grave.
—Écoute, mon petit Jean, fit-il donc doucement en s’asseyant près du lit. N’aie pas peur. J’ai les deux mains vides. Regarde? Je ne te ferai rien maintenant. Je veux te raconter une histoire. Tu veux être soldat, vraiment?
Las de ses cris, surpris de ce ton, le petit restait immobile, considérant ces mains ouvertes que le jeune homme levait en parlant, et qui lui promettaient la paix.
Et comme Philippe le pressait, renouvelant sa question:
—Oui, avec un grand chapeau, et un sabre qui fasse du bruit, répondit-il gravement.
—Soldat, un vrai soldat de France, reprit Philippe en insistant. Un qui marche toujours devant? Qui n’a pas peur? Qui n’a pas froid? Qui ne grogne pas quand il manque la soupe?...
Tout étonné, machinalement, le petit hochait la tête à chacune des questions de son bizarre docteur.
—Alors, écoute une histoire.
«Il y avait une fois un soldat, comme celui que je te dis là. Si brave, si bon, qui s’était battu tant de fois, qu’on connaissait son nom partout. Pas rien qu’en France. Dans tout le monde.
«Chaque fois que, dans une bataille, il y avait un endroit terrible, il y courait, passait le premier, au milieu des balles, des boulets, des cris, des sabres qu’on levait. Et ses soldats, qu’il conduisait, et qui adoraient sa bravoure, le suivaient où il voulait, en se disant: «Où il passera, nous passerons bien.» Et un peu de l’armée française entrait comme ça, au plus fort de l’armée ennemie; et comme le reste suivait, c’était nous qui avions la victoire.