«Alors, après la bataille, on donnait au brave officier une médaille, une décoration; qui étaient comme si on avait écrit sur lui ce qu’il avait fait de beau, et que tout le monde le lise; ou bien encore un galon à mettre au bas de ses manches. Et il était devenu lieutenant, commandant, colonel; et d’être appelés seulement «les zouaves de Canrobert» rendait ses hommes fiers comme des rois.
«Puis il était parti ailleurs, où les Français refaisaient la guerre, et il avait recommencé à se battre, à recevoir des blessures; à gagner des batailles; à rendre courageux et décidés tous les soldats qui l’approchaient; à en faire ce qu’il voulait.
«Alors on l’avait nommé général, maréchal. Tout ce qu’on peut devenir de plus. Et depuis les autres pays, on s’était mis aussi à lui envoyer des décorations et des honneurs, parce que, quand on est si brave, même les ennemis vous admirent.
«Enfin, au bout de tout, hélas! pendant sa dernière guerre, où il s’était défendu pourtant aussi fort que jamais, la France avait été si malheureuse, qu’il ne s’en était pas consolé, et que pendant tout le reste de sa vie, il pensait aux petits Français, qui viendraient après lui, qui pourraient recommencer cette guerre-là, et la gagner cette fois.
«Seulement, les petits Français, quand ils sont malades comme toi, feraient de très vilains soldats, si on n’avait pas trouvé un remède, pour les guérir. Un bien singulier remède, mais qui réussit toujours.
«On prend un peu de sang à un bon cheval qui se laisse faire. On le met comme je t’ai dit, là, sur le ventre du malade, et le petit peut grandir.
«Or, sais-tu bien, toi, d’où vient le sang que je t’apporte?
«Pour aller dans tant d’endroits, à tant de guerres et de batailles, ce grand soldat, dont je te parle, avait un cheval, comme tu penses. Un beau cheval qu’il aimait bien et qu’il avait toujours gardé, même quand, lui, était devenu trop vieux pour pouvoir monter dessus.
«Mais voilà, qu’il n’y a pas longtemps, une des blessures du maréchal s’est rouverte tout d’un coup, comme elle était le jour où une balle la lui avait faite. Et il est mort.
«Le beau cheval est resté, et les enfants du maréchal l’auraient bien gardé toujours. Mais ils ont voulu faire une chose qui aurait touché leur père, plus encore que de voir aimer et choyer son vieil ami. Et, se rappelant sa grande tendresse pour les petits Français de l’avenir, ils ont envoyé son cheval dans la maison où s’apprête le remède merveilleux pour qu’il guérisse beaucoup d’enfants, tout le temps qu’il vivra encore, et prépare beaucoup de soldats!...»