«—Non, l’antichambre ne tourne pas; mais vous allez vous trouver mal, il faut vous étendre à plat...» Et il m’a allongée sur les peaux que vous dites. On s’est approché, on a crié, j’ai senti de l’eau des carmes sur ma langue; du vinaigre dans mes cheveux; de l’eau de Hongrie dans mes oreilles; et tous les flacons de ces dames sous mon nez, mélangés à tourner un cœur de roche.
«—Vous êtes arrivé, vous m’avez prise et portée jusqu’ici. J’étais parfaitement bien; mais verte comme une pelouse. Vous, fâché comme d’une sottise. C’était de peur; c’était très gentil, et je me suis laissé gronder:
«—Ça m’arrivait-il souvent?...
«—Qu’est-ce que je pouvais avoir eu?...
«—C’était la fatigue du cheval!...—moi qui suis montée à huit ans!
«—Je n’ai pas voulu vous contredire; puis je surveillais ma pelouse, que j’avais une peur terrible de voir rester de ce ton printemps. Comme «ça» ne m’était jamais arrivé, j’étais aussi perplexe que vous, sur les suites de l’aventure. Je n’ai donc «convenu» de rien; et si, au lieu de dîner et de danser après aussi gaiement que nous l’avons fait, vous aviez repris votre interrogatoire, je vous aurais trouvé cent raisons qui valaient la vôtre!...
—Dites-les maintenant.
—C’est ridicule, à quoi bon? Quand je vous aurai raconté que j’avais reçu le matin une amazone que j’attendais, et dont le corsage était trop juste; que j’avais décidé de la mettre, et qu’on me l’a boutonnée en prenant mon crochet à bottines; que j’avais fumé à déjeuner une cigarette, et bu sur mon champagne-cocktail une tasse de lait; que dans les garnitures de la table, Louis avait mis des fleurs à odeur; que je me suis pincé le doigt—vous pouvez voir, il est tout bleu—au moment où nous descendions, et que j’ai promené tout ça de deux heures à sept heures et demie; ça vous retirera-t-il de l’esprit l’idée que vous croyez vraie, pas parce qu’elle l’est, mais parce que c’est la vôtre?...
—Enfin, puisqu’il y a eu fatigue—mettons pour une cause quelconque—avouez qu’il est plus raisonnable de vous ménager aujourd’hui.
—Mais qui est-ce qui l’est, raisonnable? Pourquoi serais-je raisonnable? Est-ce qu’on l’est à vingt ans, quand on se porte bien et qu’on s’amuse? C’est la vertu des gens qui ne peuvent plus rien faire!...