—Alors, ils sauront cela aussi..., avait-elle formulé nettement.
Et tout aussitôt, sans doute pour se mettre en mesure de «les» informer de ce qu’ils devaient savoir, elle avait traversé le salon.
Près de la fenêtre, dans un faible retrait du mur, se trouvait un petit secrétaire dont les cuivres rares et les bois divers, foncés par le temps, brillaient doucement.
Un fauteuil léger à portée de la main; des fleurs sur une table; une statuette sur une console; tous les jolis riens du coin favori, celui dans lequel on vit, où l’on va s’asseoir instinctivement dès qu’on entre dans la pièce.
Arrivée là, d’un coup d’œil prudent, Blandine avait regardé autour d’elle, comme si sa solitude et ses portes closes ne suffisaient plus pour ce qu’elle allait découvrir, et, la clef prise dans l’abri mystérieux d’une triple boîte, elle avait ouvert le meuble.
Il y avait une glace dans le fond, et c’était une chose bizarre et un peu troublante que de se voir écrire et penser, avec ces deux yeux toujours sur soi, dès qu’on levait les siens. Il semblait qu’il fallût là plus de sincérité; qu’un peu de ce mystère, et de ce gardé, qui demeurent dans la pensée humaine à l’instant où elle se livre le plus, tombaient forcément devant ce regard, qui, quoi qu’on en dise, est celui qui vous connaît si bien.
Il y avait plus de sympathie aussi que dans un secrétaire ordinaire. Blandine l’avait éprouvé plus d’une fois; et au premier mouvement de son œil dolent vers la glace, un peu du réconfort habituel lui était venu tout de suite.
Sous le plus grand des tiroirs, quand on l’enlevait entièrement, on découvrait un petit dessin de marqueterie, d’une minutie et d’une finesse extrêmes.
Et quand on appuyait un ongle sur la rosace du centre, un déplacement se faisait, qui mettait à jour un second tiroir de la même taille que le premier.
C’était là que se trouvait ce qu’était venu chercher la jeune femme: un cahier de papier blanc, noué simplement par un gros ruban.