«Achever une bête que des chiens acculent et qu’ils vous présentent demi-morte; quel intérêt?... De ces sottises enfin qu’on dit quand on parle de choses qu’on ignore totalement...
«Nous chassions le renard et le lièvre, dans la petite forêt, tapies derrière ces messieurs, dans les lignes où ils guettaient les pauvres bêtes au passage; quand ils voulaient bien nous emmener, sous promesse d’un silence de nonnes—un peu une chasse de Peaux-Rouges, je trouve,—ou la grosse bête dans la forêt de Velours.
«Nous partions de bonne heure dans les voitures de chasse, somnolentes du côté féminin, et assez mal coiffées,—je me rappelle ce détail;—toutes plus paresseuses que coquettes, paraît-il.
«A Lux, on trouvait le garde et les chiens, et le soleil, en montant, commençait à ranimer les esprits.
«Laissées à quelque étoile, à cause des longues marches qu’on allait faire, nous nous asseyions dans cette mousse merveilleuse, qui donne à la forêt son nom symbolique et charmant; et souvent c’était nous qui voyions passer la bête dans un défaut; ou quelque autre, non suivie, que la chasse faisait fuir et qui s’enfonçait dans la forêt.
«Un froissement de branches, et la douce tête paraissait, avant que le bruit de ses pieds légers nous eût averties... Puis, d’un bond, elle rouvrait le taillis, nous laissant aussi surprises qu’elle, un peu effrayées même... «Si, à sa place, il était sorti un sanglier!...» Seulement le sanglier ne sortait jamais.
«Le retour, par exemple, était tout animation et causerie.
«Le déjeuner, fait dans la grande salle aménagée chez un des gardes, était loin. On avait faim, on avait soif: ce qui, avant de rendre mélancolique et las, rend expansif et bavard... A l’avance, nous expliquions aux jeunes ce qu’il leur restait à faire le soir. Un petit cotillon à improviser; des tableaux vivants, que nous avions imaginés en les attendant; la répétition générale de la comédie en cours.
«Je vois encore une scène de déclaration, très mal dite la veille, que les acteurs placés dans des voitures différentes avaient entrepris de recommencer, pour gagner du temps, pendant que les chevaux marchaient au pas, côte à côte.
«Le trot reprit au moment où le jeune premier, pour ne négliger aucun jeu de scène, mettait un genou en terre et pressait, aussi amoureusement que fictivement, la main qu’il devait baiser le soir!...