La bonne femme ne s’en tourmente pas, d’ailleurs. Il est sujet, paraît-il, à ces petites misères, et les sabots dans ses pantoufles, il s’en guérit assez vite.

Tout est donc pour le mieux, et j’ai fait asseoir ma visiteuse, ravie que j’étais de l’aubaine, et très décidée à la faire causer longtemps.

Naturellement, au bout d’un instant, mon équipée est revenue sur le tapis, et comme je riais en écoutant ses exclamations de frayeur et de pitié :

— Il est sûr, m’a-t-elle dit d’un air pensif, que pour une jeunesse, la vie n’est point gaie par ici, et on conçoit que vous cherchiez à changer quelquefois…

Elle a réfléchi encore un peu, puis, tout naïvement, elle m’a demandé si je ne pensais pas que le meilleur moyen serait encore de me marier et de m’en aller, et si ma tante ne s’occupait pas d’y pourvoir ?

J’ai répondu non, sans rire cette fois et, au moment où elle passait la porte, je l’ai entendue qui marmottait entre ses dents :

— Il y aurait la mère Lancien, peut-être, pour un bon conseil.

Je n’ai pas songé sur l’heure à la questionner, mais il me tarde d’être à demain et de me faire dire qui est cette mère Lancien, aux conseils d’or, qui me tirerait peut-être de peine, s’il fallait en croire ma laitière…

9 mars.

Il me semble qu’on vient d’enlever une des tuiles de mon toit, et que, par cette fente, je vois le ciel pour la première fois ; et je peux déjà sortir mon bras jusqu’au coude, tant la révélation de mon amie m’a mis l’espoir au cœur !