On lui couvre le front de glace ; ce n’est pas ce qui manque ici, certes, et en sortant tout à l’heure, le médecin m’a dit en me frappant sur l’épaule :

— S’il ne guérit pas, ce ne sera pas de votre faute, petite infirmière ; ayez bon courage !

Bon courage, quand je regarde ces bandages et que j’entends ce délire !… Pourtant je suis heureuse déjà de le savoir bien, autant que cela dépend de moi, et toutes mes heures se passent à chercher ce que je pourrais faire de mieux encore.

Mais quelle peine avec ma tante ! quelles scènes et quels cris au début ! Au moment où Benoîte et moi nous arrivions, en réunissant toutes nos forces, à porter ce grand corps depuis la route jusque dans la cuisine, elle entrait par une autre porte.

— Qu’est-ce que c’est que ça ? me cria-t-elle en levant les bras…

— Un blessé, ma tante !…

Et, pendant que je parlais, nous l’étendions provisoirement sur une couverture jetée devant l’âtre.

— Un blessé ?… Que voulez-vous que je fasse d’un blessé ?… Où avez-vous trouvé celui-là ?…

Et, comme elle multipliait toujours plus vite ses questions, Benoîte lui a dit sans s’arrêter :

— C’est mademoiselle qui l’a attrapé à la tête en lançant quelque chose dehors !…