— Qu’est-ce ?…
Il prêta l’oreille.
— Ne crains rien, me dit-il, j’avais oublié de te prévenir ; il y a tout près une mosquée, ce sont les derviches hurleurs.
Ces derviches se livraient à la prière par excellence des sectes fanatiques, au Zickre, sorte d’extase où l’on s’entraîne parfois jusqu’à l’épilepsie, grâce à des sons inarticulés et à des mouvements oscillatoires et désordonnés, jusqu’à extinction de la voix et des forces.
Je ne m’habituai jamais à ce voisinage ; cependant, vers le matin, ma forte jeunesse reprenant ses droits, j’avais enfin trouvé le sommeil, quand un chant inattendu me fit à nouveau bondir hors du lit.
Les esclaves indolentes avaient, sans doute, oublié de baisser les moucharabiehs et, par les fenêtres sans vitres, trois corbeaux étaient entrés et saluaient l’aurore à leur manière, par des appels gutturaux ne rappelant en rien, hélas ! le chant de l’alouette ou du rossignol.
Ces corbeaux gris, à tête noire, très fréquents sur les bords du Nil, infestent les rues et pénètrent audacieusement dans les demeures. Ceux-ci s’étaient installés sur le rebord d’un divan, et semblaient s’y trouver le mieux du monde.
Ma pauvre servante, éveillée depuis longtemps, s’était assise près d’une fenêtre et, d’un geste navré, elle me montra deux autres oiseaux que je ne voyais pas et qui, eux, avaient élu domicile sur un des coins de son moustiquaire.
Bientôt, les bruits de la maison me firent connaître que l’on était debout autour de nous. La première personne qui entra à notre appel fut une négresse. Je la vois encore, après tant d’années… grande, l’œil vif, le nez point trop épaté, et les lèvres point trop grosses ; elle était presque jolie à force d’être saine et gaie. Son corps admirable avait les formes d’un marbre antique et sa démarche était si gracieuse que la vue seule de cette esclave était un plaisir.
— Comment t’appelles-tu ? demanda mon mari.