— Madame, on dit que je couche ici…

— Ici, dans notre chambre ?… mais c’est impossible !

Pour toute réponse, elle me montra une manière de cadre en bois de palmier assez comparable à une cage à poulets en longueur, et sur laquelle on avait posé un matelas, des couvertures et un moustiquaire.

Mon mari ressortit de la pièce, cherchant sa cousine ou une esclave, mais déjà chacun avait regagné son gîte.

Émilie proposa d’aller s’étendre dans la pièce voisine, qui était vaste et nous semblait une antichambre. Sitôt que nous y pénétrâmes, un bruit insolite nous frappa. Six corps humains gisaient là, enfouis sous les couvertures, étendus à même les nattes. C’étaient des esclaves noires que l’on nous donnait comme gardes d’honneur, et elles ronflaient…

Alors, ma pauvre servante eut une idée de génie. Fouillant dans les malles à peine ouvertes, elle en tira deux paires de draps, et, à l’aide de rubans et d’épingles, elle tendit ces draps d’une partie de la pièce à l’autre, la divisant ainsi en deux chambres séparées.

IX

Mais nos malheurs n’étaient point finis. A peine la fatigue et les émotions de cette journée m’avaient-elles forcée à fermer les yeux, qu’un cri bizarre me fit me dresser épouvantée sur ma couche.

Ce cri ne ressemblait à rien de connu ; c’était d’abord comme une plainte sourde partie à la fois de plusieurs poitrines. Puis cela montait, s’enflait comme un bruit formidable de vagues déferlant sur les galets, et tout se terminait par une sorte de râle atroce, qui s’arrêtait tout à coup, pour reprendre encore… C’était horrible.

Je réveillai mon mari qui, lui, continuait à dormir à poings fermés.