L’instruction du peuple n’est qu’apparente. Les élèves des écoles gouvernementales se montrent d’admirables joueurs de tennis, mais font de pauvres bacheliers.

Pour que le système anglais ait donné des fruits, il eût fallu que ceux auxquels incombait le pouvoir de diriger la jeunesse actuelle s’adaptassent mieux au milieu et aux circonstances. Le grand reproche que je fais aux occupants, c’est de n’avoir pas essayé de toucher les cœurs avant les cerveaux.

L’Égyptien, essentiellement assimilable et bon enfant, en veut, je crois, moins à l’Angleterre d’avoir souhaité le conquérir que de l’avoir mal compris.

Ce peuple nous aimait ; il nous reproche à présent, avec un peu de justesse, de l’avoir sacrifié aux intérêts politiques. L’aurions-nous mieux dirigé ? Il est difficile de le dire. Nous nous sommes trop souvent montrés de piètres colonisateurs. Mais il est un fait qui me paraît indéniable : c’est la sympathie sans égale que toujours nous inspirâmes à l’Égypte… Cette sympathie, il est cruel de la voir s’évanouir.

Quel que soit le résultat des événements qui se préparent, il faut bien se rendre compte qu’une Égypte nouvelle est née.


J’ai dit la surprise éprouvée par les Européens à la vue des prêtres coptes envahissant les mosquées, et prêchant à côté de leurs frères musulmans l’évangile de la liberté. Ceux-là, comme les autres, veulent une Égypte indépendante. Pour mieux affirmer leurs droits, ils ont pensé que rien ne pouvait les aider davantage qu’un rapprochement absolu avec les disciples de Mohamed. Toujours ils avaient vécu côte à côte, sans pourtant trop se mêler. Ils gardaient les mêmes coutumes héritées des glorieux ancêtres et, chez les uns comme chez les autres, malgré la foi si différente, bien des pratiques de l’ancienne Égypte avaient résisté au progrès des siècles.

Mais rien, avant ce jour, n’aurait pu laisser prévoir une fusion aussi complète.

Les Coptes, grâce au christianisme, demeurent seuls les véritables descendants des Égyptiens de la grande époque. Tandis que les musulmans faisaient pénétrer dans leurs harems un nombre considérable d’étrangères (imitant en cela les aïeux de la décadence), les autres ont, au contraire, toujours contracté mariage avec des filles de leur race et, le plus souvent, de leur contrée. Ils ont ainsi formé une immense famille dans la famille égyptienne.

Seuls les fellahs, trop pauvres pour s’offrir le luxe des concubines, imitèrent de tout temps leurs compatriotes chrétiens. Même polygames, ils choisissaient leurs épouses dans le village qui les avait vus naître. Ainsi s’explique la ressemblance qui frappe l’étranger visitant les pays où Musulmans et Coptes vivent confondus. Cependant, la différence existe, faite de mille habitudes pieusement conservées chez cette race qui garde, malgré des siècles d’ignorance, le sceau ineffaçable de la primitive Église.