Les Coptes ont une langue spéciale, le copte, aujourd’hui seulement employé dans les offices liturgiques, mais qui renferme encore beaucoup de signes et de mots se rapprochant de l’antique idiome égyptien.

Ce fut un Copte, le gouverneur de Menf, bâtie sur l’emplacement des faubourgs de Memphis et appelée Babylone par les Grecs, qui livra la citadelle à Amrou, lieutenant du khalife Omar. Ce gouverneur, nommé Georges, fils de Mina, est plus connu sous le nom de Makaukas parce qu’il avait falsifié les pièces de monnaie appelées kankion. Il avait pris les doubles pouvoirs, civil et religieux, à la suite de l’exil du patriarche Cyrus.

Ce Makaukas attira les Arabes en terre d’Égypte, en haine de la tyrannie des empereurs grecs.

De ce fait, l’Islam s’établit sur les rives du Nil l’an 18 de l’hégire, c’est-à-dire en 639 de notre ère. Makaukas, depuis ce moment, devint en abomination aux véritables Égyptiens que sa trahison révoltait. Ceux-là même qui, de bonne grâce, s’étaient livrés aux envahisseurs, et le gouverneur tout le premier, comprirent trop tard qu’ils s’étaient donné des maîtres cent fois plus redoutables que les premiers. Avec les hordes d’Amrou, commencèrent pour l’Égypte les périodes de souffrance et l’ère de barbarie qui devait détruire, pour longtemps, jusqu’au souvenir de la civilisation passée.

Le malheureux Makaukas ne survécut pas à ses remords et à son désespoir. Il avala, dit-on, le contenu du chaton de sa bague, poison végétal qui le terrassa en quelques instants.

Mais depuis longtemps les habitants des campagnes ne se soucient plus de prendre part aux polémiques religieuses. Ils ne sont ni musulmans ni coptes, ils demeurent agriculteurs.

Un jour, je suis allée les voir, chez eux…

Sous la petite brise légère qui, de la berge voisine, passe sur les champs comme une caresse, par un après-midi ouaté de brumes exquises, en ce pays où le soleil se voit toujours trop, notre voiture suit le chemin qui mène au petit village de Seber-bey.

Après avoir quitté la grande route, nous voici au bord d’un ruisseau si joli encore au temps où les arbres lui faisaient une ceinture d’ombrages. Aujourd’hui, une main capricieuse a coupé les arbres, et leurs troncs desséchés demeurent seuls, épaves lamentables qui, de loin en loin, semblent autant de billots attendant leur proie. Après ce ruisseau, c’est tout de suite l’aventure. Il faut que le cocher fraye un passage à ses bêtes parmi les tombes du cimetière, et surtout parmi les collines d’immondices qui nous prouvent que nous approchons.

Le côté original du village où nous allons, c’est qu’il est nettement partagé en deux colonies distinctes : côté musulman, côté chrétien.