Ignorant et misérable, le fellah, inlassablement, peine pour autrui. Si, d’aventure, il parvient à acquérir quelque richesse, ce qu’il a gagné ne lui sert point. Le coût excessif de l’existence moderne, les nouveaux besoins qu’on lui a laissé prendre, ont tôt fait de l’appauvrir. Il ne s’entend pas plus à gérer ses biens qu’à les conserver. Sa compagne, vraie bête de somme, ne saurait ni le conseiller ni faciliter sa réussite autrement que par l’aide de ses bras et la fécondité de ses flancs.
Le jour où l’on apprendra à ces hommes le parti qu’ils pourront tirer de leur sol, unique au monde, quand leurs femmes verront, sans plaintes, partir leur fils pour l’école ou la caserne, un pas immense sera accompli.
Et si, comme tout le présage, l’heure arrive où les riverains des bords du Nil agiront enfin par eux-mêmes, sans gaspillage, et élèveront leurs enfants sans fanatisme ni faiblesse, avec le seul critérium d’une Égypte plus grande et plus belle, ce jour-là les amis du peuple égyptien se réjouiront. Et l’on ne pourra que bénir la civilisation triomphante qui, apportant la liberté, aura délivré ce peuple, voué par son ignorance et sa douce passivité à une si longue suite de souffrances, d’esclavage et de douleurs.
Tantah 1911. — Paris 1921.
CONCLUSION
J’ai essayé de montrer, dans ce bref tableau de l’Égypte, ce qu’elle était, ce qu’elle est, ce qu’elle pourrait être. Je souhaite que mes amis égyptiens comprennent bien ma pensée et ne m’accusent point d’une sévérité trop excessive. La belle terre des Pharaons touche maintenant au terme de ses misères. Bientôt libre et fière, elle prendra place parmi les nations privilégiées, Ce jour-là, il faut que tous ses habitants sans exception, renonçant à certaines pratiques d’un autre âge, s’unissent pour marcher ensemble vers le progrès ; que des femmes supérieures, telles que Mme Jagloul-Pacha et Mme Charlaoui-Pacha, ne soient plus considérées comme des créatures exceptionnelles, mais que les autres marchent sur leurs traces, sans hésitation ni faiblesse, afin de concourir au relèvement de la patrie commune. J’ai l’impression que ce jour est proche et je m’en réjouis dans mon cœur avec tous les amis de ce pays que nul n’a pu connaître sans le chérir.
Jehan d’Ivray.
Mme Jagloul-Pacha n’a pas craint de remplacer son mari, le jour où celui-ci a été envoyé en exil. Pour la première fois en terre égyptienne, on a vu une femme musulmane diriger le parti politique constitué en faveur du relèvement de la patrie. C’est à cette femme d’élite que l’on doit en grande partie la solution qui se prépare.
TABLE DES MATIÈRES
| Avant-propos | [6] |
| L’Égypte qui s’en va | [21] |
| En Égypte révoltée | [37] |
| Les Coptes | [77] |
| Petits métiers d’Égypte | [92] |
| L’Égyptienne d’autrefois et celle d’aujourd’hui | [107] |
| Au jardin de Guiseh | [136] |
| Héliopolis | [146] |
| Damiette et Rass-el-Bahr | [154] |
| L’Orient du rêve | [178] |
| Conclusion | [185] |