—Mais, dit George, il est sûrement défendu de tuer un homme d'un coup de fusil pour quelques fruits cueillis.
—Naturellement, répondis-je, c'était tout à fait illégal. La seule excuse fournie par son avocat fut que le paysan était très irascible et qu'on avait touché à ses cerises favorites.
—Maintenant que vous en parlez, d'autres détails me reviennent en mémoire, dit Harris, la commune dans laquelle le drame se déroula fut obligée de payer de gros dommages-intérêts à la famille du soldat décédé; ce qui n'était que juste.
George déclara:
—J'ai assez vu cet endroit. D'ailleurs, il se fait tard.
—S'il continue à marcher à cette allure, jeta Harris, il va tomber et se faire du mal. Je ne veux pas assister à cet accident...
Je me vis déjà abandonné, seul là-haut, sans personne avec qui causer. D'autre part, je ne me souvenais pas d'avoir depuis ma plus tendre enfance, eu la joie de descendre une côte vraiment raide à toute allure. J'estimai intéressant de voir si je pourrais revivre cette sensation. C'est un exercice assez violent, mais, dit-on, excellent pour le foie...
Nous passâmes cette nuit-là à Barr, jolie petite ville située sur le chemin de Sainte-Odile, couvent intéressant et ancien perdu dans les montagnes, où on est servi par de vraies nonnes et où l'addition est faite par un prêtre. A Barr, un touriste entra juste avant le souper. Il paraissait être anglais, mais parlait une langue comme je n'en avais pas encore entendu jusqu'ici. C'était d'ailleurs un langage élégant et agréable à ouïr. L'hôte le regarda, effaré; l'hôtesse secoua la tête. Il soupira et essaya d'une autre langue qui évoqua en moi des souvenirs lointains, quoique sur le moment je ne pusse les localiser. Mais de nouveau personne ne comprit.