CHAPITRE QUATRIÈME
Pourquoi Harris considère les réveille-matin comme inutiles dans la vie de famille. Instincts sociables des petits. Les idées d'un enfant sur le matin. Le subconscient qui ne dort pas. Son mystère. Ses angoisses. Pensées nocturnes. Le genre de travail d'avant le petit déjeuner. La bonne et la mauvaise brebis. Les désavantages qu'il y a à être vertueux. Le nouveau fourneau de cuisine de Harris commence mal son service. Comment mon oncle Podger sortait chaque matin. Le vieux cityman considéré comme cheval de courses. Nous parlons la langue du voyageur.
George arriva le mardi soir chez les Harris et y passa la nuit. Nous avions préféré cet arrangement à sa proposition: venir le cueillir chez lui. Cueillir George en passant, le matin, veut dire: le réveiller en le secouant, effort déjà épuisant pour un début de journée; l'aider à retrouver ses effets et à boucler ses bagages; puis l'attendre pendant qu'il déjeune, rôle qui manque de charme pour le spectateur.
Je savais qu'il serait levé à l'heure voulue, s'il couchait à «Beggarbush». J'y ai couché moi-même, et je suis au courant de ce qui s'y passe. Vers le milieu de la nuit, du moins à ce qu'il vous semble, car dans la réalité il peut être un peu plus tard, vous êtes réveillé en sursaut de votre premier somme par une charge de cavalerie le long du couloir. Mal réveillé, vous hésitez entre des cambrioleurs, les trompettes du jugement dernier et une explosion de gaz. Vous vous mettez sur votre séant, et vous écoutez avec attention. On ne vous fait pas attendre: bientôt une porte est violemment poussée; quelqu'un ou quelque chose dégringole l'escalier apparemment sur un plateau à thé; vous entendez un «Je l'avais bien dit!» et aussitôt une chose dure, une tête peut-être, c'est du moins l'impression qu'on en a d'après le bruit, rebondit contre le panneau de votre porte.
A ce moment vous vous lancerez dans une charge folle autour de votre chambre, à la recherche de vos vêtements. Rien ne se trouve plus où vous l'aviez mis le soir. Les objets les plus indispensables ont entièrement disparu; et pendant ce temps l'assassinat, la révolution, bref l'événement quel qu'il soit continue formidable. Vous vous arrêtez un moment, la tête sous l'armoire, où vous avez cru découvrir vos pantoufles, pour écouter des coups réguliers et monotones sur une porte éloignée. La victime, vous le supposez, s'est cachée là; ils tâchent de la faire sortir et de l'achever. Pourrez-vous arriver à temps? Les coups cessent, et on entend une voix suave, rassurante par son ton doux et plaintif, qui demande humblement:
—Pa, puis-je me lever?
Vous n'entendez pas l'autre voix, mais les réponses sont:
—Non, ce n'était que la baignoire... Non, elle n'a vraiment pas de mal, elle est seulement mouillée, tu comprends... Oui, maman, je leur dirai ce que tu veux... Non, c'était un pur hasard... Oui; bonne nuit, papa.
Ensuite la même voix, s'élevant pour être entendue, à distance de la maison, commande:
—Il faut que vous remontiez tous. Papa dit qu'il n'est pas encore l'heure de se lever.