—Vous vous recouchez et écoutez quelqu'un auquel on fait monter l'escalier, selon toute évidence, contre son gré. Par une attention délicate les chambres d'amis de «Beggarbush» sont exactement au-dessous des nurseries. Le même petit être continue sa résistance tandis qu'on l'insère dans son lit. Aucun des détails de la bataille ne vous échappe, car chaque fois que le corps est jeté sur le matelas élastique, le lit fait un bond juste au-dessus de votre tête, et chaque fois que le corps s'échappe victorieusement de l'étreinte, vous en êtes averti par un coup sur le parquet. Ensuite le combat se calme à moins que le lit ne s'effondre; et le sommeil vous regagne doucement. Mais un moment après, ou du moins il vous semble qu'il n'y a qu'un moment, vous rouvrez les yeux, sous la sensation d'un regard; la porte s'est entr'ouverte et quatre têtes solennelles et superposées vous regardent avec persistance, comme si vous étiez un prodige exposé dans cette chambre. Vous voyant éveillé, la tête supérieure s'avance avec calme par-dessus les trois autres, entre, et vient s'asseoir sur le lit dans une attitude amicale.

—Oh! dit-elle, nous ne savions pas que vous étiez éveillé; moi je le suis déjà depuis quelque temps.

—Il me le semble, répondez-vous brièvement.

—Papa n'aime pas que nous soyons levés trop tôt, continue-t-elle. Il dit que tout le monde dans la maison en serait dérangé. Alors naturellement nous ne devons pas nous lever.

Ceci est dit sur un ton de gentille résignation. Elle paraît remplie d'une satisfaction intime, due au sentiment du devoir accompli.

Vous lui demandez:

—Vous n'appelez pas cela être levé?

—Oh, non! Nous ne sommes pas encore convenablement habillés.

C'est l'évidence même.

—Papa est toujours très fatigué le matin, poursuit la voix; naturellement, c'est parce qu'il travaille dur toute la journée. N'êtes-vous jamais fatigué le matin?