—De mon mieux! ce ne sera pas encore fameux, Jennie, et je crains que ce soit si peu de chose, qu'il ne vaille pas la peine d'en parler. Tu aurais du mal à trouver homme plus faible, pécheur plus endurci.

—Bien des gars feraient les plus belles promesses à une pauvre fille pour lui briser le cœur ensuite. Toi, tu me parles franchement, Davie, et je compte t'épouser, on verra bien ce qui adviendra.


L'histoire se termine là et nous ne savons pas quel fut le résultat de cette union. Quoi qu'il en soit, Jennie avait perdu le droit de se plaindre et Davie aura eu la satisfaction de se dire qu'il ne méritait pas de reproche.

Soucieux, moi aussi, d'être franc, j'étalerai ici les tares de mon livre.

Ce livre ne contiendra pas d'information utile.

Celui qui croirait, guidé par lui, pouvoir entreprendre un voyage à travers l'Allemagne et la Forêt Noire, s'égarerait sûrement avant de s'embarquer. Et ce serait ce qui pourrait lui arriver de plus heureux. Plus il s'éloignerait de son pays natal, plus les difficultés iraient grandissant.

Je me considère comme inapte à donner des conseils pratiques. Je ne suis pas né avec cette conscience de mon incapacité: elle m'est venue à la suite d'expériences cruelles.

A mes débuts dans le journalisme, j'étais attaché à un périodique, précurseur de ces nombreuses revues populaires d'à présent. Nous nous vantions d'allier l'utile à l'agréable: au lecteur de déterminer ce qu'il y avait là d'amusant et ce qui devait y être considéré comme instructif. Nous donnions des conseils à ceux qui allaient se marier,—des conseils sérieux et détaillés qui, s'ils avaient été suivis, auraient fait de notre public la fleur de la gent maritale. Nous montrions à nos abonnés la manière de s'enrichir en élevant des lapins, avec exemples et chiffres à l'appui. Ce qui eût dû les surprendre, c'est que nous n'abandonnassions pas le journalisme pour nous mettre à l'élève du lapin. J'ai maintes et maintes fois établi, d'après des sources autorisées, qu'au bout de trois ans un homme qui commence avez douze lapins de choix et un peu de jugeotte arrive inéluctablement à un revenu annuel de 2000 livres sterling, chiffre qui doit croître vite. Peut-être que l'éleveur n'a pas besoin de cet argent. Il ne sait peut-être même pas qu'en faire, une fois qu'il l'a. Mais l'argent est là; il n'a qu'à le ramasser. Personnellement je n'ai jamais rencontré d'éleveur de lapins qui eût un revenu de 2000 livres, quoique j'en aie vu pas mal se mettre en route avec les douze lapins de choix obligatoires. Toujours quelque chose clochait quelque part; il se peut que l'atmosphère d'une ferme à lapins annihile à la longue les facultés.

Nous tenions nos lecteurs au courant du nombre d'hommes chauves que renfermait l'Islande et pour ce que nous en savions, nous pouvions être dans le vrai; du nombre de harengs saurs qu'il faudrait mettre bout à bout pour couvrir la distance de Londres à Rome, information précieuse pour celui qui aurait envie de tracer une ligne de harengs saurs de Londres à Rome, car il serait à même d'en commander du premier coup la quantité nécessaire; du nombre de paroles prononcées chaque jour par une femme, et autres informations de ce genre, destinées à rendre nos lecteurs plus savants et mieux armés que ceux des autres feuilles.