—Oui, et c'est également un moyen, pour un cantonnier un peu insouciant, d'arroser beaucoup de personnes en beaucoup moins de temps qu'il ne leur en faudrait pour se garer.

George, à l'opposé de Harris, est anglais jusqu'au plus profond de son cœur. Je me rappelle avoir vu George chauvinement indigné contre Harris qui vantait les avantages de la guillotine et désirait la voir introduire en Angleterre.

—C'est tellement plus propre, disait-il.

—Je m'en moque, répondait George, je suis un Anglais; la pendaison suffit à mon bonheur.

—Notre voiture d'arrosage a peut-être des désavantages, continua George, mais elle ne peut tout au plus que vous humecter un peu les jambes, désagrément facile à éviter, tandis qu'avec cette machine un homme peut vous suivre au tournant d'une rue et aux étages supérieurs.

—Je regarde les arroseurs de rue et ils me fascinent, dit Harris. Ils sont si adroits! J'en ai vu un à Strasbourg qui, placé au coin d'un grand carrefour très animé, arrosait chaque pouce de terrain sans seulement mouiller le ruban d'un tablier. Leur appréciation des distances est mathématique. Ils enverront leur eau mourir au bout de vos pieds, puis, par dessus vos têtes, la feront tomber à la limite de vos talons. Ils savent.

—Ralentis une minute, dit George.

—Pourquoi?

—J'ai l'intention, me répondit-il, de descendre et d'observer de derrière un arbre la suite de cette représentation. Il y a peut-être dans ce métier quelques sujets très perfectionnés, selon l'avis de Harris, mais cet artiste-là ne me paraît pas tout à fait à la hauteur. Il vient de saucer un chien, et en ce moment il est en train d'arroser un poteau indicateur. Je m'en vais attendre qu'il ait fini.

—Voyons, il ne vous mouillera pas, dit Harris.