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Qui était Faustine ?

D’après deux vers des Amours, Émile Faguet a cru que Faustine se nommait Colomba. En effet, on lit, au début d’une épigramme :

At tibi, si memini, nomen gentile Columba

Conveniens formæ est ingenioque tuo.

( — Mais non, j’y pense à propos, c’est le nom de Colombe — [ou Colomba] — qui sied à ta beauté et à ton caractère.)

Mais on peut douter que Faguet ait raison.

Nomen gentile est troublant, puisqu’il signifie : nom de famille. Cependant, l’épigramme a pour titre : Cognomen Faustinæ, le surnom de Faustine. Placé dans le titre, le mot cognomen a certainement son sens ordinaire. S’agit-il donc d’un surnom ? — C’est probable. — Les poètes du XVIe siècle avaient coutume de mêler à leurs amours des colombes, des tourterelles et des pigeons. Mea Colomba, ou ma Colombe, revient dans leurs vers, latins ou français, aussi fréquemment que revient ma gazelle dans les chansons arabes. Pourquoi Joachim du Bellay ne donnerait-il pas à Faustine le surnom de Colombe ?

D’autre part, dans une épigramme qui s’achève à l’instant où va commencer la pièce que nous considérons, il dit à Faustine qu’on aurait dû l’appeler Pandora, parce qu’elle répand à profusion le bien et le mal. Huit vers roulent sur ce nom de Pandora. Puis le poète s’écrie tout de suite :

— Mais non, j’y pense à propos, c’est le nom de Colombe qui sied… etc.