Et il développe cette idée nouvelle en quatorze vers, pour en mieux démontrer la justesse.
Reste à expliquer le nomen gentile (nom de famille) qui semble avoir trompé Faguet. Mais, d’abord, dans l’épigramme précédente, Pandora est aussi présenté comme le nomen qu’il aurait fallu donner à Faustine. Dans notre épigramme, on peut tolérer le même nomen, suivi d’un gentile qui n’est peut-être pas d’une latinité excellente ici ; n’oublions pas cependant que le poète est français, et qu’il y a quelques gallicismes dans ses poésies latines. Ensuite, on peut noter que souvent un decet et un decebat se rendent par il faudrait et il aurait fallu, l’indicatif prenant force de conditionnel. Ainsi, en admettant même que gentile ne fût pas de remplissage, le distique étudié devrait s’entendre :
— Mais non, j’y pense à propos : comme nom de famille, c’est Colomba (Colombe) qui te conviendrait… etc.
Enfin, cette discussion de détail est accessoire. Un motif d’ordre psychologique nous empêche de lire Colomba. Joachim du Bellay aurait-il écrit le véritable nom de sa maîtresse ? L’usage et la plus élémentaire discrétion le lui défendaient. Mais c’est à nous surtout qu’il est défendu de croire Joachim du Bellay capable d’une telle incongruité.
Il est donc prudent, jusqu’à nouvel ordre, d’avouer qu’on ignore le nom de Faustine. Et nul n’osera-t-il enfin prétendre et mettre à la mode que ce genre de recherches, parfaitement vaines, à travers les secrets de la vie privée, même quand il s’agit de grands hommes et morts depuis longtemps, est d’une indécence parfaite ?
III
Qu’on ouvre maintenant ce petit recueil de vers d’amour. Ils emporteront sans peine l’amitié du lecteur. Ils n’ont pas besoin d’être plus longuement commentés. Les critiques qui ont daigné les parcourir en ont déjà loué comme il faut le mérite, la souplesse harmonieuse, et l’habileté syntaxique. Certes, en plus d’un endroit, on relève des tournures françaises, et les vers n’ont pas toujours cette maîtrise et cet air latin qu’ont ceux de M. A. Muret par exemple. Du moins, ils sont constamment d’une limpidité remarquable. Cela, les contemporains de Joachim du Bellay l’avaient déjà senti eux-mêmes. Scévole de Sainte-Marthe, dans son Éloge de Joachim du Bellay, rapporte ainsi leur opinion : « ut vix nullum in carmine gallico parem habet, sic paucissimos in latino superiores. » (S’il n’y a presque personne qui soit son égal en poésie française, il y en a fort peu qui soient plus grands que lui en poésie latine.)
Le livre des Amours est d’une grande fraîcheur. Les détails savoureux y abondent. Le poète ici n’invente rien, ou du moins il invente fort peu, car l’affirmation ne doit pas être trop franche. Ne nous dissimulons pas en effet, qu’en écrivant ce petit roman, Joachim du Bellay se souvint plus d’une fois de Properce et d’Ovide, d’Ovide surtout dont je ne rappellerai ici que ce début d’élégie (Amores, II, 12) :
Ite triumphales circum mea tempora lauri :
Vicimus ! In nostro est ecce Corinna sinu,