Quam vir, quam custos, quam janua firma, tot hostes,

Servabant, ne qua posset ab arte capi.

Cependant, Joachim du Bellay sut parfaitement adapter à son aventure personnelle les souvenirs classiques si séduisants. Œuvre littéraire, même au sens péjoratif du mot, les Amours de Faustine ont un parfum de confidence qui ne trompe point. Quelle douceur ! Ici le poète ne se contraint pas. Comme dans les Regrets, il raconte ce que la passion seulement lui fait dire. Pour bien discourir d’amour, déclare un personnage de Corneille,

… il faut l’avoir bien fait :

Un bon poëte ne vient que d’un amant parfait.

Telle est la vertu des Amours de Faustine. Joachim du Bellay s’est montré dans ces vers au naturel : ardent, voluptueux, élégiaque, dépité, et souvent ironique, même à ses dépens. Mise de côté la part des allusions mythologiques et des inévitables réminiscences littéraires, qui étaient de mode, les Amours de Faustine nous offrent ce charme simple de vie quotidienne qui nous plaît dans les Amours de Marie que chanta Ronsard.

Le goût de la simplicité, Joachim du Bellay le prit à Rome. Le poète revint d’Italie avec un génie nouveau. D’autres ont su l’imiter. De son temps, on apprécia la leçon qu’il avait tirée de son voyage. Dans un poème qui saluait le retour du « cher vagabond », au dernier distique Jean d’Aurat s’écriait :

Nunc quoque Bellaii discentes carmina Galli

Hunc aliquid dicent addidicisse novi.

(Et maintenant, que les Français apprennent les vers de du Bellay ! Ils verront qu’il y a ajouté quelque chose qu’on ne lui connaissait pas.)