hélas ! elles m’échappent, les Muses ! et Apollon me tourne le dos et m’échappe à son tour ; et l’archet, autrefois si docile, échappe à mes doigts.

Jadis, à la Cour, on se passait de main en main mes ouvrages ; à force de les feuilleter, on usait mes poèmes.

Jadis, une sœur du Roi, une grande, une illustre princesse, inspirait à mes vers sa volonté sacrée.

C’était Marguerite, la sœur du Roi invaincu, celle qui par ses vertus si rares avait mérité d’être, au milieu des mortels, une Déesse.

En ce temps-là, je pouvais, l’âme débordante, être plein d’Apollon et, toutes voiles gonflées, voguer au large.

Mais aujourd’hui, pour mon malheur, sans savoir où je vais, je suis à la merci de flots inconnus, et je confie ma barque aux vagues de la poésie latine.

C’est ce que le sol latin exige de moi ; à la langue de Rome je dois ce tribut ; c’est à quoi me contraint le Génie de ces lieux.

Ainsi fit jadis le poëte qui donnait des leçons d’amour ; il vivait loin de sa patrie ; on l’avait exilé ;

pour composer des poèmes en langue étrangère, sans rougir il délaissa les Muses latines, et il s’accompagna d’une lyre qui n’était pas la sienne.

Aux poèmes il faut en effet la faveur des Princes et les applaudissements du théâtre. Quand on n’a que trop peu de monde à qui plaire, on se déplaît à soi-même.