Et puis, il possédait le témoignage de plusieurs prêtres qui lui avaient fait l'aveu que des jeunes filles étaient venues en confession leur raconter qu'elles avaient reçu l'offre, en échange de sommes d'argent, de se laver la bouche avec un mélange astringent qu'on se chargeait de leur fournir, avant de communier, afin de rendre l'hostie intacte.

Pour quelle oeuvre, ajoutait Huysmans, ces hosties pourraient-elles servir sinon pour des rites sataniques?

Nous avons dit que plusieurs des documents, que possédait Huysmans, étaient restés inédits. Il avait des liasses de correspondances, authentiques et signées, entre autres: la confession d'un mauvais prêtre, au Saint-Office, écrite par lui-même. C'était un assemblage d'immondices et de sacrilèges, de sordides démences aboutissant au crime. En effet, si l'on en croit ce prêtre lui-même—Gilles de Raiz moderne—il sacrifia un enfant, qui, de plus, était de lui.

Ce prêtre sataniste se plaisait à multiplier dans les cloîtres de femmes les phénomènes de l'incubat. Devant certains troubles inexplicables des soeurs, qui se disaient visitées la nuit par des démons, plusieurs mères abbesses s'adressèrent à ce prêtre dont la réputation comme théologien et mystique leur était bien connue. Il répondait aussitôt qu'il se chargeait de l'affaire, mais à une condition: qu'on n'en dît rien aux confesseurs du couvent. Arrivé auprès des malades, il se servait de fumigations spéciales et de pratiques sacrilèges, qui, au lieu de guérir les nonnes, perfectionnaient leur mal. Il leur enseignait les méthodes d'auto-hypnose et d'auto-suggestion leur permettant de rêver qu'elles avaient des rapports avec les saints, avec Jésus-Christ. Il leur indiquait des poses spéciales, des procédés occultes pour que des entités de l'au-delà, ou même son propre corps astral, à lui, réussisse mieux à les visiter, à les posséder. Dans leur exaltation mystique, ces religieuses croyaient avoir affaire à des saints! La correspondance entre le prêtre sataniste et ces pauvres filles était déroutante par la naïveté des aveux et l'abomination des conseils. L'étrange, disait Huysmans, c'est que ce prêtre n'était pas un vulgaire érotomane, et qu'il agissait très sincèrement sur des êtres invisibles qu'il pouvait à volonté déchaîner ou restreindre.

Bien que Huysmans ait toujours soigneusement caché le nom de ce prêtre, nous pouvons dire qu'il n'était autre que l'abbé Boullan lui-même, celui qui accusait des pires manoeuvres de magie noire les occultistes de la Rose-Croix. Cette correspondance était la sienne que Huysmans avait trouvée dans ses papiers après sa mort.

Les détails de cette confession étaient si horribles, que Huysmans ne voulut pas qu'elle fût un jour, peut-être, livrée à la publicité; et, quelque temps avant sa mort, alors qu'il souffrait déjà du terrible mal qui devait l'emporter, il la brûla.

Il fit de même des nombreux documents qu'il possédait concernant les prêtres satanistes, diseurs de messes sacrilèges, de messes noires, et qui auraient été, nous en sommes persuadés, du plus haut intérêt pour l'étude du satanisme contemporain.

"CET OUVRAGE, TIRÉ A
CINQ CENTS EXEMPLAIRES,
A ÉTÉ ACHEVÉ D'IMPRIMER
LE XXVIII—XI—MCMXII
PAR M. DARANTIERE
A DIJON (COTE-D'OR)