MOI. Très-bien, mon fils, tu ne pouvais mieux agir. Ainsi Dieu t'a sauvé; Il a donné de l'énergie à ta volonté, de la force à tes bras. La prière faite de cœur est toujours récompensée par l'éternelle Sagesse. Louange donc et gloire à Dieu, et remercions-le des lèvres et du cœur!»

Il fallut nous occuper de la toilette de Jack; l'un lui chercha des souliers, l'autre une veste, tandis que ma femme essayait de nettoyer sa défroque dans le ruisseau. Quand il fut un peu présentable, il revint à moi, son paquet de roseaux à la main; et je ne pus m'empêcher de lui dire: «Que me veux tu donc?

JACK. Eh! mon père, je voudrais savoir comment on tresse une corbeille.

MOI. Comment! tu n'es pas plus avancé? Au reste, je veux bien te le montrer; mais tes roseaux sont trop forts et trop gros pour pouvoir être tressés: ainsi jette-les là de côté.

JACK. Eh! non, mon père; quand ils sécheront, je pourrai facilement les fendre et les manier, et ils répondront à mes vues.»

Jack s'était assis par terre, et il avait commencé à fendre ses roseaux; ce travail lui donnait tant de mal, que ses trois frères accoururent pour l'aider.

«Arrêtez, arrêtez, m'écriai-je: avant de vous mettre à l'ouvrage, donnez-moi deux des plus forts roseaux.» Je les choisis moi-même bien droits et bien égaux, et je les attachai de manière qu'ils ne prissent aucune courbure en séchant; je voulais en faire un métier à tisser. Je taillai ensuite un petit morceau de bois à l'instar des dents d'un véritable métier, et je chargeai mes enfants de m'en confectionner une grande quantité de pareils. Étonnés de ce travail, ils m'assaillirent de questions sur l'usage que je voulais faire de mes petits cure-dents, disaient-ils; mais comme je voulais ménager à ma femme le plaisir de la surprise, je me contentai de leur répondre que c'était un instrument de musique, et qu'ils verraient bientôt leur mère en jouer des pieds et des mains. Les plaisanteries redoublèrent alors; mais je n'en tins aucun compte, et, quand je jugeai les cure-dents assez nombreux, je les serrai en souriant, et remis à un autre moment la confection du métier.

Vers cette époque, la bourrique mit bas un ânon d'une superbe espèce, et dont je résolus de me servir. Je lui donnai en conséquence tous mes soins, et je vis que ses formes, en se développant, répondaient tout à fait à mes désirs. Je lui donnai le nom de Rasch (impétueux), et en peu de temps il mérita bien son nom, car il acquit une célérité difficile à imaginer.

Nous nous occupâmes les jours suivants à rassembler dans la grotte le fourrage et les provisions nécessaires à nos bêtes pendant la saison des pluies. Nous habituâmes aussi notre gros bétail à notre voix, ou au son d'une trompe d'écorce que nous avions fabriquée, en ayant soin de faire suivre dans le commencement chaque appel d'une abondante distribution de nourriture mêlée de sel. Les porcs seuls demeuraient intraitables, et couraient là où il leur plaisait; mais nous nous en inquiétâmes peu, car nous savions le moyen de les ramener en lançant nos chiens après eux.

Il me vint alors dans l'idée que pendant la saison des pluies nous aurions besoin d'avoir de l'eau pure près de nous. Je résolus donc d'établir un réservoir à peu de distance de la grotte. Des bambous solidement fixés l'un dans l'autre me servirent de canaux pour amener l'eau du ruisseau des Chacals; je me contentai de les poser sur le sol, en attendant que je pusse les y enfouir. Une tonne défoncée fit l'office d'un bassin, dont ma femme se montra aussi enchantée que s'il eût été de marbre avec des dauphins et des néréides vomissant l'eau à pleine gorge.