FRITZ. Je le crois bien, mon pauvre frère; nous serions accourus bien vite si nous t'avions entendu.
JACK. Mon pauvre chacal, qui était resté sur la rive, joignait ses cris à ma voix.
ERNEST. Beau secours! Mais pourquoi ne t'es-tu pas mis à nager?
JACK. À nager, quand on a de la boue jusqu'aux cuisses et des roseaux tout autour de soi! J'aurais voulu t'y voir! Quand je reconnus que tous nos cris étaient inutiles, je tirai mon couteau de ma poche et je me mis à couper les roseaux; puis je les rassemblai en paquet, que je réunis sous mes bras. Je fis ainsi une sorte de fascine, sur laquelle je m'étendis tout de mon long pour délivrer mes jambes. Après bien des efforts inutiles, je parvins à me dégager, et partie marchant, partie nageant, partie rampant, je parvins enfin à gagner la terre ferme; mais bien certainement je n'ai jamais éprouvé plus d'angoisse.
MOI. Pauvre garçon, Dieu soit béni, mille fois béni de t'avoir conservé!
FRITZ. Ma foi, je n'aurais pas eu la présence d'esprit de mon frère.
ERNEST. Pour moi, je ne sais vraiment pas ce que j'aurais fait.
JACK. Tu aurais eu tout le temps d'y penser dans la boue. Ah! il n'est rien de tel que la nécessité! c'est le meilleur maître en fait d'invention.
MA FEMME. Mais tu as oublié un de ces moyens que la nécessité emploie: la prière.
JACK. Non, non, je ne l'ai pas oublié; et j'ai récité toutes les prières que je savais; je me suis rappelé le jour du naufrage, où Dieu nous avait secourus quand nous l'avions imploré; je l'ai prié de même avec toute la ferveur possible.