La monotonie de notre existence, divisée entre nos constructions nouvelles et nos approvisionnements d'hiver, fut interrompue vers cette époque par un accident arrivé à Jack. Nous le vîmes revenir un matin d'une expédition qu'il avait entreprise de son autorité privée. Son extérieur était pitoyable: il était couvert d'une boue épaisse et noire depuis les pieds jusqu'à la tête. Il portait un paquet de roseaux d'Espagne recouverts, comme lui, de mousse et de vase. Il pleurait, boitait en marchant, et nous montra qu'il avait perdu un soulier.

Nous éclatâmes de rire à cette arrivée tragi-comique; ma femme seule s'écria: «A-t-on Jamais vu un enfant plus sale? Où es-tu allé te fourrer pour gâter ainsi tes habits? Crois-tu que nous en ayons beaucoup de rechange à te donner?

FRITZ. Ah! ah! quelle tournure!

JACK. Riez, riez: si j'eusse péri?

MOI. Ce n'est pas bien, mes enfants, de se moquer ainsi; ce n'est ni d'un chrétien ni d'un frère; vous pouvez tous deux tomber comme lui, et que diriez-vous si l'on se moquait de vous? Mais, mon pauvre Jack, où t'es-tu mis dans cet état?

JACK. Dans le marais, derrière le magasin à poudre.

MOI. Mais, au nom du Ciel, qu'allais-tu faire là?

JACK. Je voulais faire une provision de roseaux d'Espagne pour nos colombiers et autres ouvrages de même nature.

MOI. Ton intention était louable, mon pauvre garçon; ce n'est pas ta faute si elle n'a pas réussi.

JACK. Oh! certainement elle a mal réussi; je voulais, pour tresser mes paniers, avoir des roseaux assez minces pour être flexibles; il y en avait sur le bord, mais ceux que j'apercevais dans le lointain étaient bien plus beaux et plus convenables. Je m'avançai en conséquence dans le marais pour les cueillir, en sautant de motte en motte; mais à un endroit où le terrain paraissait solide, j'enfonçai jusqu'aux genoux et bientôt plus loin. Comme je ne pouvais sortir ni me détacher, je commençai à avoir peur et je me mis à crier; mais personne ne vint à mon secours.