Il me restait un gros bambou qui se trouvait par hasard être de la hauteur de la voûte; je le dressai et l'enfonçai en terre d'environ un pied; puis, faisant appel à l'agilité de Jack, je le fis monter jusqu'en haut, muni d'une poulie, d'une corde et d'un marteau. Je lui fis enfoncer dans le rocher la poulie, puis passer la corde par-dessus, et je suspendis à la corde une grosse lanterne prise au vaisseau. Franz et ma femme furent chargés de l'entretenir; et, quand elle était allumée au milieu de l'appartement, elle faisait le meilleur effet.

Ernest et Franz rangèrent alors la bibliothèque; ils mirent en ordre les instruments et les livres que nous avions recueillis sur le vaisseau; et je pris Fritz avec moi pour établir la chambre de travail.

Nous établîmes ensuite un tour près de la fenêtre, et j'y suspendis tous les instruments qui pouvaient m'être utiles. Nous construisîmes même une forge; les enclumes furent dressées, tous les outils de charron, de tonnelier, que nous étions parvenus à sauver, furent posés sur des planches. Les clous, les vis, les tenailles, les marteaux, etc., tout eut sa place et fut rangé de manière à pouvoir être facilement retrouvé au besoin, et avec un ordre extrême. J'étais heureux de pouvoir ainsi tenir en haleine mes enfants par ces travaux multipliés.

Les caisses que nous avions recueillies contenaient beaucoup de livres en plusieurs langues. Il s'y trouvait des ouvrages d'histoire naturelle, des voyages, dont quelques-uns étaient enrichis de gravures.

Cette variété nous inspira le désir de cultiver les langues que nous savions, et d'apprendre celles que nous ne savions pas. Fritz et Ernest savaient un peu d'anglais; ma femme, quelques mots de hollandais; Jack s'appliqua à apprendre l'espagnol et l'italien; moi, le malais: car la position où je nous supposais me faisait croire que nous pourrions être d'un jour à l'autre en relation avec des Malais.

Dans tous ces exercices d'intelligence, Ernest était le premier, et il y portait une telle ardeur, que nous étions souvent obligés de l'arracher à l'étude.

Nous avions encore beaucoup d'autres objets de luxe dont je n'ai pas parlé, tels que commodes, secrétaires, et un superbe chronomètre; ce qui faisait de notre demeure un véritable palais, ainsi que l'appelaient mes enfants.

Nous résolûmes alors de changer son nom; la tente n'y jouait plus un assez grand rôle pour lui conserver celui de Zelt-Heim; après bien des hésitations et des contestations, nous adoptâmes simplement le nom de Felsen-Heim (maison du rocher).


[CHAPITRE II]