[Première sortie après les pluies.—La baleine.—Le corail.]
Vers la fin du mois d'août, lorsque je croyais l'hiver presque terminé, il y eut quelques jours d'un temps épouvantable; la pluie, les vents, le tonnerre, les éclairs parurent augmenter de violence; l'Océan inonda le rivage et resta agité d'une manière effrayante. Oh! combien alors nous fûmes joyeux d'avoir construit cette solide habitation de Felsen-Heim! Le château d'arbre de Falken-Horst n'aurait jamais résisté aux éléments déchaînés contre nous.
Enfin le ciel devint peu à peu serein; les ouragans s'apaisèrent, et nous pûmes sortir de la grotte.
Nous remarquâmes avec étonnement les piquants contrastes de la nature, qui renaissait au milieu de toutes les traces encore récentes de dévastation. Fritz, toujours au guet, et dont l'œil aurait presque rivalisé avec celui de l'aigle, s'était élevé sur un pic, d'où il aperçut bien loin, dans la baie du Flamant, un point noir dont il ne put préciser la forme, et, après l'avoir considéré avec beaucoup d'attention, il m'affirma que c'était une barque échouée à fleur d'eau.
Quoique muni de ma lorgnette, je ne pus voir assez distinctement cet objet pour dire quelle en était la nature.
Il nous prit fantaisie d'aller visiter cette masse, nous vidâmes l'eau dont la pluie avait inondé notre chaloupe, nous y mîmes tous les agrès nécessaires, et je résolus d'aller le jour suivant, accompagné de Fritz, de Jack et d'Ernest, reconnaître ce que la mer nous apportait de nouveau.
À mesure que nous avancions, les conjectures se succédaient et se croisaient plus rapidement: l'un croyait voir une chaloupe, l'autre un lion marin; il affirmait même apercevoir ses défenses; quant à moi, j'opinai pour une baleine, et à mesure que nous avancions je me confirmai dans cette idée. Nous ne pûmes cependant approcher du monstre échoué, car un banc de sable s'élevait dans cet endroit de la mer, et les flots, encore agités, étaient trop dangereux pour nous hasarder sur cette plage. En conséquence, nous tournâmes le petit îlot sur lequel la baleine était étendue, et nous abordâmes dans une petite anse à peu de distance. Nous remarquâmes, en côtoyant ainsi, que l'îlot était formé de terre végétale, qu'un peu de culture pourrait améliorer. Dans sa plus grande largeur, sans y comprendre le banc de sable, cet îlot pouvait avoir dix à douze minutes de chemin; mais il ne semblait pas être séparé du banc, et son étendue en paraissait doublée. Il était couvert d'oiseaux marins de toute espèce, dont nous rencontrions à chaque pas les œufs ou les petits; nous en recueillîmes quelques-uns, afin de ne pas rentrer les mains vides auprès de la mère.
Nous pouvions suivre deux chemins différents pour arriver à la baleine: l'un désert, mais interrompu par de nombreuses inégalités de terrain qui le rendaient excessivement pénible; l'autre, en côtoyant la rive, était plus long et plus agréable. Je pris le premier, mes enfants suivirent l'autre. Je voulais connaître et examiner l'intérieur de l'île. Quand je fus au plus haut point, j'embrassai du regard le terrain semé d'épais bouquets d'arbres. À environ deux cents pas de moi j'apercevais cette mer grondante qui se brisait sur le sable et qui m'avait effrayé, mais à dix à quinze pas de l'extrême rive de l'îlot: j'examinai alors la baleine, qui était de l'espèce qu'on appelle communément du Groënland.
Je jetai ensuite un coup d'œil vers Falken-Horst, Felsen-Heim et nos côtes chéries; puis, faisant un coude, je me dirigeai vers mes enfants, qui m'eurent bientôt rejoint en poussant des cris de joie.
Ils s'étaient arrêtés à moitié chemin pour ramasser des coquillages, des moules et des coraux, et chacun en avait presque rempli son chapeau.