FRITZ. Certainement, n'est-ce pas? mon père, comme les palanquins dont on se sert dans les Indes.
ERNEST. Et qui sont portés par des esclaves. Merci, je ne suis pas trop disposé à ce métier.
MA FEMME. Soit tranquille, mon cher Ernest, je ne veux pas de vous pour esclaves ni pour porteurs; il ne faudrait pas m'élever bien haut, car je serais bientôt à terre. Je ne monterai dans cette corbeille que quand vous m'aurez trouvé des porteurs dont les jambes soient plus solides que les vôtres.
JACK. Eh bien! mon Sturm et le Brummer de Franz en ont-ils d'assez fortes pour rassurer maman?
MOI. Bien! bien! c'est là une bonne pensée, étourdi; nous avons là deux excellents porteurs pour le palanquin.
ERNEST. Comme ma mère sera bien dans son palanquin! Nous pourrions y faire un toit avec des rideaux, derrière lesquels elle pourrait se cacher quand elle voudrait.
JACK. Mais essayons d'abord avec la corbeille, afin de voir si cela réussira; Franz et moi nous conduirons.»
Je souris de l'empressement avec lequel les enfants avaient adopté cette idée nouvelle, et j'y consentis volontiers. Nous fîmes donc retentir nos trompes pour rappeler notre bétail qui paissait, et nous vîmes bientôt accourir nos animaux. Ils furent enharnachés; Jack sauta sur son Sturm, placé à l'avant-train, et Franz resta derrière avec. Brummer. Quant à Ernest, il monta dans la corbeille, qui pendait paisiblement entre les deux animaux. Ils se mirent en marche au petit pas, n'étant pas encore habitués à ce nouveau manège, et Ernest assurait que rien n'était meilleur que cette litière, où l'on était doucement ballotté sans fatigue.
Mais bientôt les deux conducteurs mirent leurs bêtes au galop, et le pauvre Ernest, rudement secoué, se mit à crier à ses frères d'arrêter; mais ce fut en vain. Les porteurs n'en continuèrent pas moins à pousser leurs montures. Quant à nous, qui regardions ce spectacle, la mine du pauvre Ernest, qui ne courait, au reste, aucun danger, nous paraissait si drôle, que nous n'essayâmes pas de le secourir. Les polissons galopèrent jusqu'à la rivière du Chacal, et revinrent vers nous sans s'arrêter. Aussi l'on conçoit facilement la colère d'Ernest quand il sortit de sa litière. Jeté hors des gonds par cette promenade forcée, il n'allait probablement pas se contenter de paroles, quand j'arrivai à temps pour m'interposer. Ernest se calma peu à peu, et je le vis même aider son frère Jack à dételer les animaux pour leur rendre la liberté. Avant de les laisser partir, il alla aussi chercher du sel, et en donna une poignée à chacune des pauvres bêtes. Cette marque de bon caractère me fit beaucoup de plaisir.
Nous nous remîmes alors à notre travail de vannier, et nous tressions depuis quelque temps en silence, quand Fritz se leva soudain comme un homme effrayé.