«Oh! mon père! dit-il, voyez donc, dans l'avenue de Falken-Horst, ce nuage de poussière; il doit être produit par quelque animal de forte taille, à en juger par son épaisseur; et de plus il vient droit vers nous.
—Ma foi, lui répondis-je sans trop m'inquiéter, car je découvrais peu encore ce nuage que les yeux d'aigle de Fritz avaient aperçu, je ne sais ce que cela peut être, car nos gros animaux sont maintenant à l'écurie.
MA FEMME. Ce sont sans doute quelques-uns des moutons, ou peut-être même notre vilaine truie qui fait encore des siennes.
FRITZ. Non! non! j'aperçois fort bien les mouvements de cet animal; tantôt il se dresse comme un mât, tantôt il s'arrête, marche ou glisse sans que je puisse distinguer aucun de ses membres.»
Effrayés de cette description dont nos faibles yeux ne nous permettaient pas de juger la vérité, nous ne savions trop à quoi nous en tenir. Je pris alors ma longue-vue, et au moment où je la dirigeai vers ce côté j'entendis Fritz crier:
«Mon père, je le vois distinctement maintenant! Son corps est d'une couleur verdâtre! Que pensez-vous de cela?
MOI. Fuyons! fuyons, mes enfants! Allons nous réfugier dans le fond de notre grotte, et fermons-en bien les ouvertures!
FRITZ. Pourquoi donc?
MOI. Parce que je suis certain que c'est un serpent monstrueux qui s'avance vers nous.»
Nous nous hâtâmes de revenir au logis, et nous fîmes toutes nos dispositions pour la défense. Les fusils furent chargés, la poudre et le plomb versés dans les poudrières. Plus le terrible animal avançait, plus je me confirmais dans l'idée que c'était un boa. Ce que j'avais entendu raconter de la force de ces animaux m'effrayait extrêmement, et je ne savais quel moyen mettre en usage pour l'empêcher de parvenir jusqu'à nous; il était trop tard pour retirer les planches de notre pont. Il fallait donc se résigner à attendre qu'il fût à portée pour essayer de nous en défaire à coups de fusil.