MOI. Je ne plaisante pas. Les jongleurs indiens connaissent le moyen de faire danser les serpents à lunettes au son de leur misérable musique. L'animal se dresse, et les balancements de son corps suivent la mesure de l'instrument. Ces jongleurs font un secret de leur art; mais on a découvert des plantes dont l'odeur agit sur les serpents de manière à leur ôter toute malignité, et souvent même tout sentiment. Il est vraisemblable que ces serpents apprivoisés n'ont plus leurs dents venimeuses, quoique plusieurs voyageurs soutiennent le contraire.
ERNEST. N'y a-t-il pas des serpents qu'on appelle fascinateurs?
MOI. On a attribué au serpent à sonnettes une puissance fascinatrice; on prétend que la fixité de son regard attire sa proie avec un pouvoir tellement irrésistible, qu'elle vient elle-même se livrer à la gueule béante de son ennemi.
FRITZ. Que doit-on faire contre la morsure des serpents à sonnettes?
MOI. Cet accident est rare, parce que les mouvements de cet animal sont lents toutes les fois qu'il n'est ni menacé ni blessé; mais si, par malheur, il arrivait à l'un de vous d'être mordu, le meilleur moyen serait d'enlever sur-le-champ toute la partie blessée, ou de cautériser la plaie avec une charge ou deux de poudre. On peut encore laver la plaie avec de l'eau salée et la cautériser avec un fer rouge: mais comme l'efficacité de ce dernier remède n'est pas connue, je vous engage à vous en tenir aux deux premiers.»
[CHAPITRE VII]
[Le boa empaillé.—La terre à foulon.—La grotte de cristal.]
L'entretien précédent avait rempli les premières heures qui suivirent notre délivrance. Il était temps de s'occuper du monstre abattu. Ma femme fut chargée, avec Fritz et Jack, d'aller chercher quelques provisions et d'amener notre couple de jeunes bœufs, tandis que je restai à la garde du corps avec Ernest et Franz, de peur qu'il ne devînt la proie des oiseaux ou des bêtes féroces.
Afin de punir Ernest de son excès de prudence dans l'affaire du boa, je le condamnai à composer une épitaphe pour l'âne mort. Mon petit poète prit la chose au sérieux, et, après être demeuré dix grandes minutes dans le recueillement, il se leva tout à coup, comme Pythagore après la découverte d'un problème, et s'écria: «Voici mon épitaphe; mais il n'en faut pas rire surtout.» Alors il nous récita les vers suivants avec la rougeur modeste d'un débutant: