M'étant approché de lui, j'aperçus, en effet, un animal qui avait quelque rapport avec un jeune cochon, et que je crus reconnaître pour le cabiai ou cavia capybara. Franz ne se sentait pas de joie d'avoir si bien réussi; et pourtant je lui dois cette justice qu'il ne vanta trop ni son adresse ni la valeur de son gibier. À ses questions répétées sur le nom de l'animal je répondis que cette espèce était rare dans nos pays, et qu'elle rentrait dans la classe de l'agouti et du paca. En même temps je lui fis remarquer les pieds palmés de l'animal, qui lui permettait de nager et de plonger pendant des heures entières. J'ajoutai que sa chair est bonne à manger, circonstance qui rehaussait encore l'importance de la capture.

Mais lorsque s'éleva l'importante question de savoir ce que nous allions faire de notre prise, Franz se trouva fort embarrassé; car ses forces ne lui permettaient pas de l'emporter, et il ne pouvait se résoudre à l'abandonner. Après de longues réflexions, je le vis sauter avec joie en s'écriant: «Je sais ce qu'il faut faire: nous allons écorcher l'animal, et je pourrai du moins l'emporter jusqu'à la ferme.

MOI. Vois, mon enfant, par cet exemple, combien les joies de ce monde sont fugitives, et comme le plaisir est suivi du regret. Si tu n'avais pas eu le plaisir de la chasse, tu poursuivrais maintenant ta route gaiement et sans souci. C'est ainsi que dans ce monde la pauvreté a son charme, et la richesse ses inconvénients.»

Au bout de quelques pas, Franz recommença à soupirer, et finit par s'écrier: «Je vais attacher mon gibier sur le dos du chien; il me le portera bien jusque là-bas.

MOI. Voilà une idée qui vient à propos pour nous tirer d'embarras.»

Nous ne fûmes pas longtemps avant d'entrer dans le petit bois de pins, et bientôt nous arrivâmes à la ferme sans avoir trouvé la moindre trace de serpent. Avant de rentrer nous avions eu l'occasion de tirer sur deux éclaireurs d'une bande de singes, et j'acquis la triste certitude que les déprédateurs rôdaient depuis peu dans les environs de notre colonie.

À notre arrivée, nous trouvâmes Ernest au milieu d'une bande de gros rats dont il achevait l'extermination. Je demandai avec surprise d'où étaient tombés ces nouveaux ennemis.

«Ernest et moi, dit la mère, nous étions entrés dans la rizière pour faire notre récolte d'épis, lorsque le singe, qui nous avait suivis avec sa corbeille, quitta subitement la digue pour s'élancer sur un objet qui s'était réfugié dans un trou voisin. Ernest, auquel ce mouvement avait échappé, fut tiré tout à coup de ses réflexions par un cri plaintif suivi d'une agitation extraordinaire et d'un cliquetis de dents vraiment formidable.

ERNEST. Je m'élançai sur les traces de mon singe pour découvrir le motif de sa brusque disparition, et je le vis bientôt aux prises avec un énorme rat qui faisait de vains efforts pour lui échapper. Mon premier mouvement fut de lever mon bâton sur cet ennemi de nouvelle espèce et de l'étendre mort à nos pieds. À l'instant même, plus d'une douzaine de gros rats me sautèrent aux jambes et au visage; mais je m'en débarrassai bientôt comme du premier. Je me mis alors à examiner leur demeure, construite en forme de cylindre et formée de limon, de paille de riz et de feuilles de roseaux rassemblés avec beaucoup d'industrie.

MOI. Mais, mon cher Ernest, quel motif de haine pouvais-tu donc avoir contre ces pauvres rats pour leur faire une guerre si acharnée?