ERNEST. Au premier moment, j'ai pensé qu'ils pouvaient être nuisibles à notre plantation, et ensuite j'ai combattu pour me défendre.

MOI. C'est bien, pourvu que cette humeur meurtrière s'arrête à la destruction des rats. Maintenant conduis-nous à la retraite de tes ennemis, afin que nous puissions l'examiner à notre aise.»

Nous le suivîmes jusque-là, et, à mon grand étonnement, j'aperçus, en effet, une sorte de hutte semblable à celle des castors, quoique sur une moindre échelle. «Il paraît, dis-je à Ernest, que les castors ont ici leurs représentants. Je croyais cependant que, comme les castors, cet animal n'habitait que les contrés septentrionales.

ERNEST. Comment? Quels représentants?

MOI. Je veux parler de tes ennemis les rats, si ces merveilleuses constructions sont leur ouvrage. Dans ce cas, ce sont des rats-castors, ainsi nommés à cause de leur ressemblance avec ces derniers sous le rapport des mœurs et de l'industrie. On appelle aussi cet animal ondatra; c'est peut-être le nom qu'il porte dans l'Amérique du Nord, sa patrie. Les morts nous fourniront d'excellentes fourrures.

ERNEST. Qu'avons-nous besoin de fourrures dans un pays aussi chaud?

MOI. Ne peuvent-elles pas nous servir à faire des chapeaux de castor, lorsque nos chapeaux de feutre seront hors de service?

ERNEST. C'est une excellente idée! De cette manière j'aurai fait une action utile à toute la colonie.»

En retournant auprès de ma femme, qui était occupée des préparatifs du repas, nous retrouvâmes Fritz et Jack revenus de leur expédition sans avoir fait aucune mauvaise rencontre. Jack avait rapporté dans son chapeau une douzaine d'œufs enveloppés dans une espèce de pellicule, et Fritz nous montra dans sa gibecière un coq et une poule de bruyère.

MOI. «J'espère que tu n'as pas tué la couveuse sur ses œufs?