FRITZ. Certainement non, mon cher père. C'est le chacal de Jack qui l'a surprise dans son nid, et qui lui a tordu le cou pendant que je tirais le coq au vol. Les œufs sont encore chauds; car je les ai enveloppés d'une espèce de filasse qui me vient des feuilles d'une plante presque semblable au bouillon-blanc.

MOI. C'est une production du Cap, où l'on emploie la pellicule de ses feuilles et de sa tige à faire des bas et des gants. Les botanistes la nomment buplevris gigantea. Nous pourrons la mélanger avec la fourrure des rats-castors pour la fabrication de nos chapeaux.

FRANZ. Nous avons donc des rats-castors, à présent? Et d'où viennent-ils?

MOI. Je vous l'expliquerai; mais, en attendant, vous pouvez en voir d'ici plus de vingt que votre frère Ernest vient d'abattre en bataille rangée.»

À ces mots ils s'élancèrent vers la hutte, où je les trouvai bientôt occupés à faire un échange amical des produits de leur chasse, tandis que la mère faisait cuire les œufs sur la cendre pour notre repas du soir.

Bientôt chacun se mit en devoir d'écorcher les rats, qui étaient de la taille d'un lapin ordinaire. Les peaux furent salées avec soin, couvertes de cendre et étendues à l'air pour sécher. Quant à la chair, nos chiens eux-mêmes la refusèrent à cause de sa forte odeur de musc.

Pendant le souper, les enfants me firent mille questions sur la cause de cette odeur de musc particulière à l'ondatra, et sur le parti qu'on en pouvait tirer.

MOI. «Cette odeur provient généralement de glandes situées entre cuir et chair dans les régions ombilicales. Elle est peut-être utile à ces animaux, soit pour se retrouver plus facilement entre eux, soit pour attirer leur proie avec plus de sûreté; cette dernière hypothèse peut être juste à l'égard du crocodile, car le musc est une excellente amorce pour le poisson.

ERNEST. Est-ce que le crocodile sent le musc? Je ne l'avais jamais entendu dire.

MOI. Pas aussi fort que la civette, mais assez pour être rangé au nombre des animaux odorants.