Pendant que j'expliquais ces détails sur la première moitié de la pomme, le friand Knips, qui s'était glissé à mes côtés sans être aperçu, s'empara de la seconde, et sa grimace de satisfaction ne nous laissa aucun doute sur le goût de notre nouvelle découverte.
Fritz m'ayant fait quelques questions sur la nature et le nom de ce nouveau fruit, je lui répondis que je croyais le reconnaître pour la pomme cannelle, et que, dans ce cas, c'était une production des Antilles. Je demandai à Jack si l'arbre qui la portait était un arbuste.
JACK, en bâillant: «Un arbuste?... Oui! oui! certainement! Mais j'ai une terrible envie de dormir.»
Je ris de bon cœur à cette repartie, et chacun alla suivre l'exemple du dormeur. Nous passâmes la nuit étendus sur nos sacs de coton, jusqu'à ce que l'aurore du jour suivant vînt nous éveiller.
[CHAPITRE IX]
[Le champ de cannes à sucre.—Les pécaris.—Le rôti de Taïti.—Le ravensara.—Le bambou.]
Nous reprîmes notre route le long de la plantation de cannes à sucre, où nous avions construit une hutte de feuillage, et où, au retour, je comptais élever une seconde ferme. Nous nous trouvions alors dans les environs de la grande baie, au delà du cap de l'Espoir-Trompé. La hutte était encore debout, et nous n'eûmes besoin que d'étendre la tente en forme de toit pour nous former un excellent abri. Ne comptant y demeurer que jusqu'au dîner, nous ne fîmes d'autres préparatifs que ceux du repas.
Tandis que nous étions occupés à nous régaler de cannes fraîches, dont nous avions été privés depuis si longtemps, les chiens firent lever une troupe d'animaux sauvages, dont nous entendîmes distinctement la marche à travers les cannes. Je criai aussitôt aux enfants de sortir de la plantation par le chemin le plus court, afin de reconnaître à quelle espèce de gibier nous avions affaire.
À peine étais-je moi-même à cinquante pas dans la plaine, que je vis déboucher devant moi un nombreux troupeau de cochons de petite taille qui fuyaient à toutes jambes devant les chiens. Leur couleur grise uniforme, et l'ordre admirable dans lequel ils opéraient leur retraite, me les firent reconnaître pour une espèce de cochons étrangère à nos pays. À l'instant je lâchai la double détente de mon fusil, et j'eus la satisfaction de voir tomber deux des fuyards; mais le reste de la troupe fut si peu effrayé du sort de ses compagnons, que l'ordre de la marche en fut à peine dérangé. C'était un curieux spectacle que de les voir s'avancer à la file l'un de l'autre, sans que pas un cherchât à dépasser son voisin. Un régiment bien discipliné n'eût pas présenté un front plus imposant.