À peine avais-je abaissé mon arme, que j'entendis une décharge générale du côté où Fritz et Jack avaient pris position. Quelques nouvelles victimes jonchèrent le terrain, mais sans jeter le moindre désordre dans la marche de la colonne.
Toutes ces circonstances me démontrèrent clairement que nous avions affaire à un troupeau de cochons musqués, autrement appelés tajacus; et je savais que, dans ce cas, le plus pressé était d'enlever à l'animal sa poche odorante, si l'on ne veut pas que la matière huileuse pénètre toute la chair.
Je me dirigeai donc vers l'endroit du carnage, au moment où Fritz et Jack y arrivaient de leur côté pour prendre possession de leur butin.
Mes nouvelles observations m'ayant confirmé dans ma première pensée relativement à la nature et à l'importance de notre chasse, j'ordonnai aux enfants de faire subir aux morts l'opération indispensable.
Notre opération fut interrompue par le bruit de deux coups de feu dans la direction de la cabane, vers l'endroit où nous avions laissé Franz et sa mère. Je me hâtai de leur dépêcher Jack pour annoncer notre retour et ramener le chariot, dont nous avions besoin pour rapporter le butin de la matinée.
En attendant le retour de notre messager, nous rassemblâmes les cochons en un seul monceau, que nous recouvrîmes de cannes à sucre, et qui nous servit de siège jusqu'à l'arrivée du chariot. Ernest, qui l'accompagnait, nous apprit que la troupe, après s'être dirigée du côté du la cabane, avait fini par se réfugier dans la forêt de bambous. Les deux coups de fusil que nous avions entendus avaient fait deux nouvelles victimes.
«Je crois, ajouta-t-il, que le reste de la troupe s'est réfugié dans l'étang aux Bambous, au nombre de trente à quarante; mais la colonne était si serrée, qu'il m'a été impossible de les compter.»
J'engageai les chasseurs à charger le butin sur le chariot, s'il leur paraissait trop lourd pour l'emporter.
Fritz pensait que nous pourrions charger ces animaux sur le chariot, et qu'il fallait commencer par les dépouiller.
«Ils ont à peine trois pieds de long, ajouta-t-il, et c'est vraisemblablement de la race de Taïti.»