Je lui répondis qu'ils appartenaient plutôt à la race chinoise ou siamoise, qui se rencontre en Amérique.

«Au reste, ajoutai-je, je suis d'avis de les dépouiller sur place, car ils auraient le temps de se corrompre jusqu'à notre retour.»

Malgré tout notre zèle et notre activité, nous ne fûmes pas en état d'achever notre besogne pour l'heure du dîner. Une fois dépouillés, les cochons furent chargés sur le chariot sans difficulté, et nous reprîmes en triomphe le chemin du camp.

Ma femme nous reçut avec sa joie accoutumée.

«Vous m'avez bien fait attendre, ajouta-t-elle: comme il ne faut pas songer à continuer notre route aujourd'hui, j'ai fait tout préparer pour une nouvelle halte. Mais d'abord, mettez-vous à table, et mangez ce que je viens de servir.»

On lui fit voir alors le chargement du chariot, et ses enfants lui présentèrent un paquet de cannes à sucre choisies, en lui disant qu'elle devait avoir autant besoin de rafraîchissement que nous.

MA FEMME. «Je vous remercie, mes enfants, de n'avoir pas oublié votre mère. Mais dites-moi ce que vous voulez faire de cette provision de cochons; et pourquoi en avez-vous tiré un si grand nombre à la fois. Vous avez coutume d'être plus économes des présents de la nature.

MOI. Le hasard est plus coupable que nous, ma chère. Nous étions tous armés, et chacun a tiré sans s'inquiéter de son voisin. Au reste, nous ne rencontrerons pas de sitôt une occasion pareille, et d'ailleurs il n'y a pas de mal à diminuer le nombre de ces maraudeurs, dont la présence est funeste à nos cannes à sucre, et qui finiraient par détruire cette importante plantation. Nous salerons les plus gras, et le reste nourrira nos fidèles compagnons de chasse.

FRITZ. Cher père, voulez-vous me permettre de vous régaler demain avec un rôti à la manière de Taïti?

ERNEST. Mais il te faudrait des feuilles de bananier.